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03 Février 2010

Julien Damotte

Trapped

par Nicolas Soulat
Voici un adepte de la sept corde qui a parfaitement compris l'essentiel du metal progressif américain de ces quinze dernières années. Le compliment est amplement mérité, mais pour qui a écouté l'album au complet, il ne saurait être crédible sans quelques nuances et explications indispensables.

En premier lieu, pour ce qui n'est ni plus ni moins qu'une autoproduction, la qualité du mixage est franchement agréable. Tout est clair et propre, même si on peut regimber face au côté froid, coutumier du style, d'autant plus qu'il reste assis sur une boite à rythme. Mais quoi qu'il en soit, messieurs Kévin Codfert et Jürgen Lusky ont accompli leur mission avec brio.

Le contenu bénéficie de fait d'une puissance de feu très convaincante, qui frôle le mur sonore sur certains titres (« The Inner Struggle »). Comme souvent, l'emploi de la septième corde assombrit le propos et renforce les choix de syncopes, qui vont se nicher jusque dans les polyrythmies. Cette fondation supporte avec un naturel déconcertant le reste du matériel : des soli soignés (bien rangés aux côtés de ceux que viennent poser Mattias Eklundh et Christophe Godin, guests de choix) et des changements d'ambiances réussis, qui alternent entre sons clairs et synthétiseurs aux textures vraiment intéressantes.

L'optique du disque, un concept album, ne se perd pas au milieu des reprises de thèmes trop caricaturales et reste cohérente avec son ambition première : décomposer une histoire sonore aux chapitres bien distincts mais interdépendants. Evoluant dans un cadre laissé quelque peu orphelin ces dernières années après la mort prématurée de grand espoirs de la discipline comme Time Curve Symmetry, Aching Beauty ou encore Indescent, Trapped propose de vrais titres, au sens noble du terme, grâce à une approche structurée et plusieurs contributions vocales.

En revanche, si le chanteur principal possède des qualités indéniables de par son timbre ou son évidente envie d'en découdre, il catalyse malgré lui la plus grande faiblesse de l'album : la prévisibilité. Un piège assez difficile à éviter, et qui reste bien entendu très subjectif. Mais à part en quelques endroits (« Opening Chapter » et « Ending Chapter »), aucune idée ne vient faire décoller cette richesse vocale aux influences certes assumées, mais très mal digérées, voire ostensibles. D'une manière générale, la machine à fabriquer du metal progressif de Julien Damotte est très fiable, mais doit se encore se débarrasser de quelques rouages standardisés qui brident la personnalité du compositeur.

Que ce soit harmoniquement, rythmiquement ou même sur le plan mélodique, rien ne se détache, les refrains sont plutôt maladroits et les parties vocales franchement inintéressantes... sauf celles assurées par Maya. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ce qui se révèle être une vraie prise de risque professionnelle. L'emploi d'un timbre typé R&B, avec ces vibes à la Mariah Carey, fait littéralement mouche et transporte à bout de bras le début de « Ending Chapter », qui n'en demeure pas moins le meilleur des neufs titres.

Avec cet album renfermant quelques excellentes idées très singulières et personnelles, la conclusion restera à n'en pas douter la seule vraie piste à suivre pour la suite du périple que Julien Damotte vient d'entreprendre : cultiver ce type de contre-pied en le conjuguant à ses qualités instrumentales, et revoir complètement l'approche vocale, quitte à employer Maya sur tout un album... Le metal progressif ne doit rien s'interdire. Il reste donc encore beaucoup de chemin à parcourir. Rien ne sert de comprendre ses influences, il faut surtout parvenir à les combattre, ou du moins à les laisser à leur place. Ce qui n'enlève rien au travail abattu ni à l'évidente maîtrise générique qui transpire ça et là.
  • Année: 2010
  • Label: Autodistribution

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