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18 Octobre 2003

Anathema

A Natural Disaster

par Pierre Graffin
Géniaux successeurs de Pink Floyd sous un certain angle pour les uns, indignes fossoyeurs en mal d’inspiration pour les autres, Anathema ne laisse pas indifférent. Dans leur déjà vaste discographie, deux albums se distinguent particulièrement : Alternative 4 et surtout le très réussi Judgement (1999), qui mêle habilement influences progressives et metal les plus sombres. Successeur de A Fine Day To Exit qui, très dépressif et peut-être un peu trop ambient, divisa les inconditionnels il y a deux ans, A Natural Disaster se devait donc de réconcilier les déçus et de gagner, pourquoi pas, un plus vaste public.

Curieusement, Anathema semble toujours chercher ses marques sur ce disque, sans vraiment les trouver tout à fait. Certes, les influences sautent à l’oreille, que ce soit sur "Balance" qui rappelle Radiohead, "Are You There ?" (Peter Gabriel) ou "A Natural Disaster" (Gathering). Convenons cependant que l’on peut trouver pire source d’inspiration. Le tout est parfois très épuré, voire minimaliste, comme la première partie de "Violence", mais l’orage gronde presque toujours pour exploser avec une fureur à peine contenue ("Flying", "Pulled Under At 2000 Metres A Second"). La tension est d’ailleurs presque palpable tout au long de cette "catastrophe naturelle" qui, loin d’être désastreuse, peut même confiner au superbe, avec "Electricity" et son côté Talk Talk par exemple.
La production n’est pas en reste : en modèle du genre, elle valorise toutes les subtilités du disque sans jamais être ostentatoire ou pesante. Une écoute distraite de ce nouvel album pourra peut-être déconcerter, mais c’est petit à petit et inéluctablement que Natural Disaster se livre. Comme le Brave de Marillion, voici l’un de ces trop rares albums dotés d’un indéniable pouvoir hypnotique, s'invitant au creux du tympan pour finir par s’installer pour longtemps.

Malgré les critiques dithyrambiques d’une presse souvent unanime, Anathema ne peut d’ailleurs que saluer le travail effectué sur les arrangements.

A l’inverse de The Window Purpose, qui était plus heavy, Cold Light Of Monday joue sur les ambiances et s’inscrit dans la droite lignée de Remedy Lane de Pain Of Salvation, notamment par sa production, sans que la ressemblance soit pour autant choquante. On distingue ainsi au mieux la finesse de Wolverine et Stefan Zell se montre très persuasif tout au long de l’album.

Avec de tels albums qui réunissent à la fois originalité et audace, il est bon de penser que le rock et le metal progressif ont encore de belles années devant eux. Le week-end achevé, vous pouvez plonger dans la lumière du lundi matin sans crainte: c'est un vrai bonheur.
  • Année: 2003
  • Label: Elitist

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