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08 Octobre 2019

Bent Knee

You Know What They Mean

par Chrysostome Ricaud
dans

En général, les articles sur Bent Knee commencent toujours par mentionner que ses musiciens se sont rencontrés à la prestigieuse école de musique de Berklee à Boston. Une information on ne peut plus trompeuse puisque ce quintet d’art rock se situe à l’exact opposé de la virtuosité instrumentale individuelle que pratique Dream Theater par exemple (autre groupe qui s’est formé à Berklee). En effet, ce qui prime chez les premiers, c’est l’intensité de la performance et non la complexité de la partition. Sur leur cinquième album ce constat se révèle plus vrai que jamais !

You know what they mean risque de désarçonner plus d’un auditeur. Il commence par l’enregistrement (probablement pirate vu la qualité du son) d’un plantage dû à un problème technique lors d’un concert. Puis, dès la première chanson, on atteint des niveaux de saturation comparables à ce qu’on peut entendre sur les disques de Nine Inch Nails. La plupart des compositions ont des structures extrêmement basiques, certaines tournant autour d’uniques riffs dont le son à la distorsion extrême et la lourdeur auraient de quoi combler les amateurs de stoner. On peut bien sûr faire confiance à Courtney Swain pour la puissance de la performance vocale, et dans ce contexte nouvellement rageur pour les Bostoniens, elle s’en donne à cœur joie dérapant parfois vers le cri de folie. Arrivé à mi-album, une piste semble être un enregistrement lo-fi d’une improvisation en répétition. Bent Knee paraît tout mettre en œuvre pour remporter l’attribut (a priori plutôt antinomique) du groupe de rock progressif le plus garage au monde ! Dans le dernier tiers du disque, la ballade « Bird song » calme le jeu et amène une bénéfique pause de beauté et de sérénité. Suit le très bien choisi single « Catch light » qui démontre que malgré leur évolution, ils n’ont pas encore totalement délaissé leur art de proposer des mélodies pop accrocheuses sur des morceaux néanmoins ambitieux.

Même si le résultat est très différent, on ne peut s’empêcher de penser que l’album qui se rapprocherait le plus du résultat atteint par You know what they mean serait The Downward Spiral de Nine Inch Nails : la rage, l’intensité dans l’interprétation, la saturation à outrance, les dissonances, le mélange de batteries acoustiques et électroniques sont autant d’ingrédients qui rappellent le chef d’œuvre de Trent Reznor. Que s’est-il passé depuis Land Animal pour expliquer une telle évolution musicale ? Dans le dossier de presse, on apprend que la formation américaine a cumulé les déboires sur leur dernière tournée. Avec d’abord leur batteur qui s’est cassé la cheville, le rendant indisponible pendant quatre mois. Un incident qui l’a amené à utiliser des pads électroniques. À peine un mois après avoir récupéré leur cogneur, l’ensemble des musiciens qui était reparti sur la route est ressorti miraculeusement indemne d’un tonneau effectué par leur van. En quoi ces évènements ont-ils influencé l’approche radicalement différente de leur dernière livraison ? Il faudrait leur demander en interview. En attendant d’en comprendre les motivations, on ne peut qu’être admiratif de ce choix artistique audacieux et inattendu consistant à rendre leur musique plus rugueuse et âpre.

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