coup de coeur
23 Septembre 2019

Peter Gabriel

So (remaster)

par Maxime Delorme

Au milieu des années 80, Peter Gabriel fort de quatre albums hautement expérimentaux (et une bande son) opère le premier grand virage de sa carrière solo. En sortant So en 1986, Gabriel saute à pied joint dans la "pop" de haute volée et nous présente neuf pistes absolument inoubliables. C'est très simple, il n'y a pas un mauvais morceau sur cet album qui mélange les styles tout en restant ce que le Gab' aura produit de plus accessible et de plus primé; le disque étant devenu depuis cinq fois platine aux US !.

Après l’écriture de la bande son de Birdy, Peter Gabriel et Daniel Lanois s’enferment de nouveau dans le studio-grange d’Ashcombe House pour composer le nouvel album de Gabriel. Rapidement rejoints par David Rhodes, le trio écrira la majorité des titres de So. Au fil de l’enregistrement, comme à son habitude, Peter Gabriel fait défiler les invités de marque et en profite pour établir le line up de son âge d’or live avec. Évidemment, il ne s'agirait pas d'un album de Peter Gabriel s'il n'y avait pas une fournée d'invités tous plus prestigieux les uns que les autres. C’est aussi là que nous allons retrouver les trois larrons qui le suivront en concert dans un line up d’or avec Tony Levin à la basse et Manu Katché à la batterie. Notons, outre ces invités, le duo désormais culte avec Kate Bush sur “ Don't Give Up ” ou encore le sublime chant de Youssou N'Dour sur " In Your Eyes ".

Tout comme ses précédents albums, Gabriel mélange les thématiques de ses morceaux. Ainsi, So couvre un large spectre, de la métaphore sexuelle assez basique mais ô combien efficace de " Sledgehammer " et son martèlement de basse, à un pamphlet contre l'administration Thatcher sur " Don't Give Up " ou à la caricature de la richesse obscène avec " Big Time ". Tout comme sur ses précédents albums, Gabriel nous montre qu'il est capable d'écrire peu ou prou sur n'importe quel sujet avec brio, efficacité et intelligence. Ces changements de thématiques opèrent main dans la main avec des changements de styles qui malgré la teneur pop générale de l'album exploitent le champ des possibles de manière remarquable : des morceaux lents, des morceaux qui groovent, de la musique du monde, Gabriel nous montre encore une fois qu'il est à l'aise avec tous les styles.

So est bien plus ancré dans son époque que ses prédécesseurs, ce qui en fait un témoignage inestimable du meilleur des années 80. Le revers de la médaille, c'est que certains sons ont méchamment vieilli et ce malgré les remasters et une production globalement d’excellente qualité. Ainsi la redécouverte de l'album par des connaisseurs peut être un grand plaisir, mais le faire découvrir à de nouvelles audiences pour la première fois exposera peut-être aux moqueries de l'auditoire (dont le chroniqueur a été victime, malgré les "non mais écoutez, c'est vraiment génial"). Pourtant, malgré ce son vieillissant, la production est toujours de première qualité et l'écoute de l'album est un plaisir assuré à qui saura apprécier la composition facile d'accès mais loin d'être dénuée d'intérêt.

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