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23 Août 2019

Frédéric Lépée

The Empty Room

par CHFAB

Non content d'être l'ancien membre de Shylock, de Philharmonie et celui actuel de Yang, Frédéric Lépée propose depuis quelques temps le versant le plus dépouillé et personnel de sa musique, par le biais de son expression la plus simple: sa guitare. Déjà sur vidéo il a fait montre et de sa technique exceptionnelle et de son inspiration, avec ses entrelacs proprement stupéfiants d'harmonie et de vélocité. Rien d'ostentatoire, loin s'en faut, on n'est pas là pour jouer plus vite ni mieux que quiconque (bien que!). Cet album solo en enfonce le délicieux clou, pour une oeuvre proprement pétrie d'émotion et de retenue. Bouleversant.

La pochette, véritable fil conducteur, expose avec une très grande justesse la teneur de The Empty Room. On y voit une chambre dans la pénombre, dont le lit central semble explicitement vide, puis à droite la silhouette ramassée d'un enfant, et hors cadre, à l'opposée gauche (verso de la pochette), Lépée lui-même, comme hébété, ou en pleine réflexion, dans son canapé. Quelque chose, ou quelqu'un, manque inexorablement dans l'image. Les crédits à l'intérieur du CD en disent un peu plus, et sur le temps de gestation de l'oeuvre, et sur son intention: le deuil et ce qu'il provoque. Remarquable travail de JC Philippart, avec ce visuel tout droit sorti d'un roman graphique, dont la musique en serait le texte tout entier.

Celle-ci, introspective à souhait (à part les deux premiers morceaux, seuls représentants d'une énergie portée par la batterie), nuancée, infiniment sensible, nous laisse plein d'émotion ou de gravité. La guitare, électrique, véritable maître de cérémonie, n'en finit pas de tisser des harmonies ou arpèges d'une délicatesse folle, bouleversante et passionnante de bout en bout. Certains seront chagrin de ne pas y retrouver cette pulsation, cette brutalité rock, dont nous sommes si souvent inconditionnels et porteurs du flambeau. On aura pourtant tort d'éviter un objet si profond et si ému (jamais larmoyant!), à même justement d'apporter un vrai relief à la tonitruance tapageuse du rock progressif actuel. On y entendra discrètement Steve Reich, Robert Fripp, David Sylvian, Gary Lucas, Daniel Lanois, et autres rêveurs alchimistes...

The Empty Room est un bijou, convoquant sensations et méditation, pour évoquer les sentiments les plus personnels, ceux qui ne passent que difficilement par les mots. On ne dira jamais assez le talent fou de Frédéric Lépée, dont on attendra désormais la suite d'une carrière solo si brillamment lancée.

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