coup de coeur
22 Juillet 2019

L'Alcôve

Dead End

par Dan Tordjman

Ry Nyx est un homme qui a de la bouteille dans le paysage underground progressif français et ce, via bien des facettes. Tout d’abord, en tant que musicien (il fut batteur et parolier d’Adiaphoria), puis en tant qu’attaché de presse de certains grands noms de la scène progressive internationale (on vous laisse deviner lesquels). Mais, comme le dit l’adage, on revient toujours à son premier amour. Le sien, en l’occurrence, c’est la musique. Après deux ans de gestation et de maturation, il présente donc son premier méfait discographique sous le nom de code l’Alcôve.

Si l’on se penche sur les influences du bonhomme, on s’aperçoit qu’il brasse large et que l’éclectisme est maître mot dans son esprit. De Tool à Toto, de Kill II This à Nine Inch Nails en passant à Massive Attack, Oceansize ou Porcupine Tree, c’est une bien grande marmite qui a servi à faire mijoter tous ces délicieux ingrédients.

Il serait bien difficile et couillu de ressortir un titre du lot, tant l’ensemble est consistant. La production y est forcément pour quelque chose. On le sait, la perfection n’existe pas. Or, votre serviteur va pourtant se contredire : cette production est parfaite, limite à servir d’étude de cas dans les écoles d’ingés son. A n’en pas douter, des portraits de Trent Reznor ou Peter Gabriel, doivent figurer quelque part dans la chambre ou le studio de Ry Nyx. Bon, pour l’Américain, ça s’entend d’emblée sur « The Boogeyman » où cohabitent les guitares saturées sauces Metallica et les sonorités industrielles de vous-savez-qui. Rassurez-vous, tout l’album n’est pas dans cette veine. Passez sur « No Atlanta, No Florida  », plus mélodique, mid-tempo à souhait, aux paroles murmurées et dont la fin est une déclaration cachée d’amour à VAST et son éminence grise Jon Crosby. Plus feutrée, plus « cosy  » « Only You  » sur lequel, Ry Nyx laisse le micro au profit de la belle Spell. Evidemment, qui pense voix féminine, pense Massive Attack ou Portishead. Du Trip Hop au Rock, Ry Nyx n’a eu qu’un pas à franchir avec le titre éponyme, hommage à Seattle notamment de par sa structure et sa voix légèrement éraillée.

On navigue de surprise en surprise avec le titre le plus « prévisible » (adjectif non péjoratif) ayant pour nom « Yes Man » avec la progression initiée au début du disque : des guitares et un chant légers avant sur fond de touche martiale digne de Rammstein et un refrain un peu décousu, dû sans doute à l’enchevêtrement des multiples pistes de voix.

Et le côté progressif, dans tout ça ? « Endlessly Fights  » comblera les fans de Porcupine Tree, Pink Floyd et éventuellement Peter Gabriel période Up. Si vous écoutez « Icelandic Song », vous aurez un modèle de changement d’ambiance venant à petits pas, le piano est à l’image d’un chat qui marche sans bruit avant de venir progressivement se frotter contre vous … et se transformer en guitare avant de finir par vous mettre un coup de griffe. Léger, le coup de griffe, sinon, après ça, l’auteur de ces lignes ne pourrait plus rien dire sur « Nothing To Say », la bande originale de l’album dans l’esprit, avec son intro orchestrale avant de couper net avec une batterie dépouillée, parfaite pour enluminer (ou noircir, au choix) un film de David Lynch. Tout ça pour te dire, lecteur, si tu es VRAIMENT curieux, Dead End est un album généreux, fait pour toi. Laisse-toi aller. Et puisqu’on parle de générosité, Ry Nyx se fera un (malin ?) plaisir de te guider.

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