:|
19 Juin 2019

Sunn O)))

Life Metal

par Malcolm
dans

La première écoute de Sunn O))) étonnera toujours le néophyte, fusse-t-il mélomane averti, ou avide d'expériences sortant des sentiers battus. Et pour cause, le parti-pris originel du duo américain est absolument sans concession. Depuis 1999, ce projet musical au patronyme énigmatique produit ses albums comme autant de longues plages sonores purement dédiées à la guitare, sous-accordée et saturée à l'extrême. Si on retrouve chez Sunn O))) les codes de l'ambient, c'est pour les découvrir tête en bas : à la notion de minimalisme se substitue celle de maximalisme, résumée par la mention, devenue rituelle, figurant sur leurs pochettes : maximum volume yields maximum results.

Tenter ici une chronique de Life Metal serait s'exposer au risque d'accumuler, une fois de plus, la pléthore d’épithètes, liée aux forces cosmiques ou sismiques, qui colle à Sunn O))) comme du goudron. Si vous voulez bien l'accepter, sautons cette étape : pour résumer l'album aux initiés, disons que le duo produit ici un album très concentré autour des guitares, assez peu bavard, et au rendu assez classique. Le néophyte, quant à lui, se verra conseiller vivement de découvrir la chose par lui-même, en prenant tout de même la précaution suivante, qui constitue le fond du propos développé ici :

Ce qui se joue avec Sunn O))), l'enjeu fondamental qui semble sous-tendre chaque album des Américains, n'est pas à chercher en employant les réflexes habituels du mélomane confronté à une œuvre qu'on peut qualifier de « narrative ». Ce qui se passe ici relève de la musique comme rapport au son, et comme rapport au temps. Rapport au son, utilisé ici comme un matériau brut susceptible de générer des sensations, fussent-elles auditives ou à la limite du tactile : souvenez-vous de la question du volume... Ecouter et aimer Sunn O))) implique d'accepter de dépouiller la musique de ses présupposés esthétiques, pour l'accueillir dans une simplicité nue qui relève une part de sa nature originelle : la contemplation de sons, de sonorités.

Rapport au temps, également : les quatre plages de Life Metal, du haut de leurs 10 à 25 minutes chacune, tout comme les concerts du groupe, dépassant souvent les deux heures ininterrompues, interrogent radicalement nos habitudes d'écoute et notre capacité d'attention. Le drone a cela en commun avec l'ambient qu'il supporte mal une écoute distraite : refusant toute trame préconçue, il se définit d'abord comme un motif apposé sur le fil du temps qui passe. A l'instar de toute autre activité méditative, son intérêt réside en ce qu'il nous aide à prendre la juste mesure du monde qui nous entoure. Alors, à l'instar du duo américain, sortez votre robe de bure du placard, et rendez-vous au monastère pour une écoute de Life Metal en conditions optimales !

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir