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04 Novembre 2008

Jarboe

Mahakali

par Djul
Faisant sans aucun doute partie de la catégorie des artistes « boulimiques », la chanteuse Jarboe avait déjà fait l’objet d’une chronique sur Progressia en 2008 pour son (excellente) collaboration avec Justin Broadrick sur J2. Elle en aura donc droit à une seconde pour ce nouvel album solo, réalisé avec l’aide d’une pléthore d’invités venant d'horizons variés, du plus brutal avec Phil Anselmo (Down, ex-Pantera) et Attila Csihar (Mayhem), au plus indépendant avec Josh Graham (Red Sparrowes), Vinny Signorelli (Swans, Unsane) et Julia Kent (Antony & The Johnsons).

Basé sur l’incarnation de plusieurs personnages et de l’histoire d’une divinité indienne de la destruction du même nom, Mahakali est un véritable pot-pourri – aussi bien dans le bon que dans le mauvais sens du terme – des genres abordés par Jarboe lors de sa carrière, qui couvre maintenant plusieurs décennies depuis son passage chez les légendaires Swans. C’est d’ailleurs à cette période que commence ce long périple de seize titres, avec une série de morceaux très lourds et dissonants (« Mahakali », « The House of Void » et « Transmogrification »), évoquant son premier groupe mais également les terribles Red Sparowes (auquel elle emprunte aussi le goût des titres de chansons aussi longs que la langue pendante de la pochette du disque).

Si l’atmosphère noire et décalée est présente, distillée par la voix mi-chevrotante mi-menaçante de Jarboe, difficile de ne pas reconnaître que le disque ne révolutionne en rien l’univers de la chanteuse, aussi personnel soit-il. Un sentiment renforcé par la pesanteur de la section rythmique, aussi pachydermique que celle d’un groupe de doom. Heureusement que la seconde partie du disque relativise le jeu, comme le déprimant « Mouth of Flames », que l’on croirait tiré d’une bande originale de film, ou le spoken-word « Kali Lamentation II ».

L’attention se porte donc tout naturellement sur la performance vocale des invités. Le « charmant » et bien-nommé Attila délivre quelque borborygmes bien sentis mais un peu vains, tandis que Phil Anselmo surprend par sa voix claire, sur un titre acoustique qui sert de pause bienvenue après tant de distorsions. On pourrait dire que le hurleur de feu Pantera se métamorphose en Liz Fraser, en superposant plusieurs couches de voix comme le faisait la diaphane cantatrice des Cocteau Twins, pour un excellent rendu ! A noter que le titre a droit à un non moins étonnant remix par Jarboe, plus rythmique et électronique.

Adepte de l'excentricité, la chanteuse propose trois versions de son album, avec des listes de morceaux dans des ordres différents et des titres inédits à chaque édition. Une autre manière de montrer qu’elle n'en fait qu'à sa tête, comme sur ce disque, qu'elle souffle le chaud et le froid, ouvre une porte pour mieux la claquer à la figure de l’auditeur la minute qui suit. Il ne manque que cette cohérence qu’ont apporté Broadrick ou Neurosis lors de précédentes collaborations. Ce qui « sauve » les meubles reste néanmoins cette personnalité et l’aspect plus respirable de la seconde moitié de l'oeuvre. Chacun y trouvera son compte, mais probablement pas dans l'intégralité de Mahakali.
  • Année: 2008
  • Label: Season of Mist

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