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17 Mai 2019

Soft Machine

Hidden Details

par CHFAB

Trente sept années qu'on n'avait plus osé porter ce nom... Comment ne pas le comprendre lorsqu'il s'agit de l'un des groupes ayant le plus fait avancer la musique de la fin des années 60, grand premier rival de Pink Floyd, avec qui il partagea l'affiche des premiers concerts à l'UFO de Londres. Groupe ami et admiré de Jimi Hendrix avec qui il fit deux tournées américaines... Formation à géométrie variable tant du point de vue musicien (la liste est vertigineuse!) que de du point de vue musical, tant on y proposa des styles et combinaisons variés, entre acid pop, fondation involontaire de l'École de Canterbury, jazz progressif à dominante clavier, jazz rock à tendance cuivres, free jazz psyché, jazz fusion à dominante guitares, chacun ira de sa ou ses préférences, avec le sentiment d'aborder encore et toujours (d'anciens enregistrements concert tombant comme des petits pains dans les années 90-2000) l'un des plus grands groupes du 20ème siècle... L'un des plus décisifs certainement. La genèse et l'histoire de Soft Machine sont absolument tentaculaires, et il fut bien difficile de déterminer qui pouvait encore en porter le nom; Il y eut Soft...Ware, Works, Heap, jusqu'à y apposer le patronyme de Legacy. Mike Ratledge, extraordinaire claviériste originel, et coeur même de l'identité sonore avait lui-même fini par quitter le navire, se retirant définitivement de la musique jusqu'à encore aujourd'hui... Tout ceci tissant une galaxie incroyablement dense et mirifique.

Sur Hidden Details, qui est encore à la barre, et qui est nouveau? En fait, tout le monde est de la maison: la paire rythmique depuis 1973 (l'album Seven), avec John Marshall (Nucleus) et Roy Babbington (Delivery, Keith Tippett Group), quand aux deux solistes, nous avons le guitariste virtuose John Etheridge (Icarus, Darryl Way's Wolf) et Theo Travis l'instrumentiste à vent du prog de ces vingt dernières années (Porcupine Tree, The Tangent, Soft Machine Legacy, Gong), pas moins. Inutile de préciser combien le CV de chacun est infiniment plus fourni, mais c'est qu'on a voulu faire court...!

Côté créativité, la réussite est de mise, dont la paternité revient essentiellement à Etheridge et Travis, constatant combien on retrouve la pâte Soft Machine, aux gimmicks de basse si reconnaissables, aux sonorités de claviers psyché (accords superbement tenus par Travis), et aux leads mélodiques des instruments à vent, flûte en tête. Voilà pour la partie classique de ce jazz prog, en plus de deux reprises de morceaux anciens. Pour la fusion, Etheridge se pose là, fine gâchette à la Alan Holdsworth mais en plus mélodique et maîtrisé, donc moins bavard, nous régale de quelques saillies solistes superbement senties. Quelques plages au calme bouleversant sont également de son fait. Une classe folle. Côté innovation, ou tout simplement modernité, on reconnaît ça et là des ponts jetés vers un King Crimson d’aujourd’hui (dès le premier morceau en fait), ou une avant-garde bien troussée. Le menu est copieux et offre même toute une salve de morceaux bonus pour les acquéreurs du vinyle. Atmosphères, grooves, mélodies, expression libre et partagée, l'impression de continuer la recherche est bien là et l'on ne pourra que s'en réjouir.

Pas de doutes, le grand Soft Machine est de retour, et à l'écouter, il semble même ne s'être jamais absenté. Malgré la succession des époques, malgré l'âge des musiciens, malgré la disparition de quelques-uns de ses membres, la Machine Molle est bien vivante, sans nostalgie, et palpite de toutes parts. On ne peut vraiment pas en dire autant de tout le monde... Bénis soient ceux qui assisteront au prochain concert, en compagnie de Caravan, du Soft, à Canterbury le 22 juin de cette année 2019...

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