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06 Mai 2019

PoiL

SUS

par Jean-Philippe Haas
dans

Avertissement : le texte suivant est truffé de mots contenant la syllabe « sus », fines et hilarantes allusions au titre de l’album présenté ci-après. Saurez-vous, à l'instar des Pokémon, tous les retrouver ?

Entre Brossaklit en 2014 et SUS aujourd'hui, les Lyonnais de PoiL n'ont pas été cryogénisés, pas plus qu'ils ne se sont jetés avec avidité dans une faille spatio-temporelle où la République en Marche se serait pris une déculottée. Au contraire, ils ont largement fourni à leurs fans avides de quoi se sustenter : la parenthèse PinioL (fusion du trio avec ni., autre groupe du cru) les a occupés et les occupe toujours sur divers fronts, scénique autant que discographique. Fin 2018, ils ont partagé un split album avec les Colombiens de Mula sur un trente-trois tours sobrement appelé Mula PoiL (une façon de partager les frais pour les musiciens qui ne sont pas riches comme Crésus).

L'âme de PoiL ne s'est pas pour autant diluée dans l'entité PinioL (qui, avec ses deux batteurs, deux basses et deux guitares n'a respecté aucun numerus clausus) : on retrouve ici ce qui faisait le charme des précédents albums : de fougueux et assourdissants tourbillons instrumentaux, des tapis roulants rythmiques saccadés sur lesquels se lovent des boucles ou des giclées de clavier… en somme, rien qui fasse consensus, et c'est ce qu'on apprécie chez les Lyonnais.
SUS est divisé en deux parties, une par « face », dans l'esprit « vinyle » : « Luseta » et « Lou libre de l'amour ». Adressez-vous au groupe pour la traduction. Si on ignore quel est le processus de composition, le résultat conserve néanmoins de fortes collusions avec le math rock et le rock in opposition, si ce n'est que les textes se veulent plus poétiques (on croit le trio sur parole), et que le chant en Occitan évoque maintenant (lointainement) les polyphonies corses, délaissant quelque peu l'habituel flow scandé et répétitif. Côté musique, il faut parfois s'accrocher solidement, comme sur le déroutant « Grèu Martire » qui peut susciter des crises d'épilepsie, mais ceci n'est pas de nature à inquiéter l'amateur aguerri ou simplement celui qui a déjà réussi à passer les trois premières minutes d'orage électrique de « Sus la peìra », découvrant ensuite sur le disque sus-nommé moult nuances et foisonnements. Aux autres, qui ont renoncé plus tôt, nous rétorquant à la lecture de ces lignes « encore eût-il fallu que nous le sussions ! », on pourra répondre : « vous êtes chez Chromatique ici, pas chez les Inrocks ».

Alors que les compères de ni. sortent Pantophobie, dans la directe lignée de Les insurgés de Romilly, SUS opère donc un léger changement de direction thématique, perceptible surtout au niveau vocal, tout en conservant le socle musical auquel le groupe nous avait habitués. Ceux qui appréciaient son humour décapant seront peut-être un PoiL déçus, mais on peut parier que la plupart resteront suspendus à ses réjouissantes extravagances.

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