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03 Avril 2019

Youn Sun Nah

Immersion

par Jean-Philippe Haas

Le temps d'un coffret baptisé Essentials célébrant ses trois albums pour ACT Music, et voici Youn Sun Nah de retour sur un nouveau label, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de Warner Music. Immersion se place sur la pente ascendante que suit la chanteuse depuis ses débuts et il ne fait aucun doute que, dans l'hypothèse où il ne la connaît pas encore, le grand public ne devrait pas tarder à découvrir ses multiples talents vocaux.

Plutôt bien fichues, superbement bien chantées et de surcroît assez éloignées des versions originales (« You Can't Hurry Love » se retrouve métamorphosée en une balade douce et mélancolique !), les reprises ne sont cependant pas d'un intérêt majeur, si ce n'est celui d'être un argument de vente, un artifice malheureusement trop courant sur ce genre d'albums. Parmi les sept relectures (dont des titres de Marvin Gaye, Georges Harrisson et l'incontournable « Hallelujah », de Leonard Cohen), on retiendra notamment l'hommage à Michel Legrand, « Sans Toi », tiré du film d'Agnès Varda, Cléo de 5 à 7, une chanson interprétée à l'origine par l'actrice principale, Corinne Marchand. La variation très émouvante de Youn Sun Nah n'a pas à rougir devant la version d'époque. Dans un autre registre de son talent vocal, il y aussi ce « God 's Gonna Cut You Down », beaucoup plus rythmé et s’achevant sur de quasi rugissements de la chanteuse.

Pourtant, s'appuyer sur des reprises n'est pas forcément pertinent au regard du niveau plutôt élevé des titres originaux, plus nombreux par ailleurs que sur She Moves On. Ceux-ci dévoilent une facette certes un tantinet plus commercial de la Coréenne mais aussi des cordes dont on ne savait pas pourvu son arc, comme ce « In My Heart » qui ouvre le disque en distillant une pop électro aérienne survolée par une voix suave. Dans la même veine, avec un soupçon de jazz et d'imprévisibilité en valeur ajoutée, il y a ce « The Wonder » surprenant dont les cassures bousculent un peu les codes du format « 3 minutes ». Les autres chansons, plus classiques peut-être (« Here Today », « I'm Alright »), restent des joyaux d'émotion, à l'image du bouleversant « Invicible ».

Si elle s'éloigne encore un peu plus du jazz, Youn Sun Nah ne vend pas pour autant son âme au diable. Touchant et envoûtant, Immersion agit comme une caresse réconfortante, un baume au cœur, une drogue douce à laquelle on ne culpabilise pas de céder écoute après écoute.

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