coup de coeur
02 Avril 2019

Peter Gabriel

Peter Gabriel (Security)

par Maxime Delorme
dans

Dissimulé entre les deux mastodontes Melt et So, Security, quatrième album en solo de Peter Gabriel passe souvent inaperçu dans la discographie du Britannique. Pourtant, Security n’a rien à envier à ses deux voisins : profond, complexe, dramatique, l’album présente ses multiples facettes le long de ses quarante-cinq minutes de musique.


Security marque une transition dans la carrière de Gabriel. Tout d’abord, parce qu’il s’agit du premier album qu’il enregistre en digital (dans la ferme de Peter Gabriel), ce qui en explique peut-être le son plus froid mais d’une profondeur inégalée dans ses albums précédents. C’est aussi un album qui fait la transition entre l’univers relativement sombre de Scratch et Melt vers une musique plus chamarrée et pop comme sur So. Enfin, c’est l’album où Gabriel étend ses horizons en y invitant de nombreuses cultures exogènes à son monde, ce qui rend l’album assez inclassifiable : un peu rock, un peu jazz, un peu new-wave, un peu musique du monde ...


L’album s’ouvre sur « The Rhythm of the Heat », inspiré des voyages de Carl Jung en Afrique. Le morceau est un rituel de cinq minutes mettant la part belle à la voix de Gabriel dans une instrumentation minimale. Les interventions de Gabriel se font de plus en plus puissantes avec l’arrivée d’une section rythmique extrêmement marquée qui se terminera sur un bouquet final d’explosions de tambours. « The Rhythm of the Heat » donne le ton pour le reste de l’album : il s’agit d’un tour de force où Gabriel va se placer dans des registres très différents sans jamais dépareiller.


Chaque piste se détache des autres par une ambiance très personnelle, toutes faisant intervenir des pays ou des cultures différentes : soit dans leur musique, soit dans leurs paroles. Ainsi « San Jacinto » décrit les conditions de préservation de la culture native-américaine, cédant de plus en plus de place à l’Homme Blanc cherchant à commercialiser le génocide des natifs. Autre excellent exemple, « The Family and the Fishing Net » et ses flûtes éthiopiennes est sans nulle doute la pièce maîtresse de l’album. Le morceau combine le génie musical de Gabriel avec son pouvoir de la métaphore, comparant ainsi le mariage à un rite vaudou où l’union de deux personnes n’est en fait qu’un spectacle orchestré par deux êtres tentaculaires cherchant à se connecter : les familles des mariés.


Vous l’aurez compris, Security est un grand moment de musique, montrant à quel point Gabriel sait être à l’aise sur tous les registres musicaux, absorbant comme une éponge les inspirations pour les remanier à sa sauce, sans jamais copier ni faiblir de la comparaison. Incontournable pour tout amateur de musique progressive !

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