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04 Mars 2019

Manu Katché

The Scope

par Julien Giet

Écouter un nouvel album dirigé par Manu Katché est toujours un gage de saveurs enivrantes. Ces dernières années, Manu Katché avait exploré des chemins jazzy aux côtés de musiciens extrêmement talentueux (le légendaire Jan Garbarek au saxophone sur Neighborhood ou encore Marcin Wasilewski, véritable poète du piano, pour ne citer qu'eux). Cette fois-ci, Katché a annoncé d'emblée un virage discographique impromptu. A l'écoute de The Scope, on remarque d'emblée le retour de chansons comme on a pu en écouter sur It's About Time, son premier album sorti en 1992 (contenant l'excellent « Silence », à conseiller aux amateurs de basses hypnotisantes aphrodisiaques). « Vice » illustre ce paysage aux frontières de la R'n'B et de la musique soul interprétée par Faada Freddy. « Please Do » et son aspect funky, « Glow » ou encore «  Don't U Worry  » de leur côté peuvent faire penser aux influences distillées à travers le génial Random Access Memories des Daft Punk prouvant que les années 70' teintées de modernité ont toujours de la matière à offrir.

Le Hip Hop n'est pas négligé avec « Paris me manque » chanté par Jazzy Bazz. Katché se permet même quelques excursions électroniques surprenantes sur « Tricky 98' » qui n'est pas sans évoquer la chanson « Psy Sam » de Jeff Beck sur laquelle il a joué en 1999. « Let Love Rule », interprété par Jonatha Brooke, peut même nous évoquer via ses allures gospel le côté sensuel de Tears for Fears (avec lesquels Manu Katché a collaboré entre autres sur le titre « Standing on the Corner of the Third World » issu de l'album The Seeds of Love). Le mélange opéré Jazz Fusion du type Sixun ou encore Weather Report (« Keep Connection » et son excellent thème soutenu par une basse au groove diaboliquement efficace) mélangé à la musique pop aux accents souls mâtinée de R'n'B avec un petite touche électronique fonctionne de manière virtuose et confère à cet album une identité très forte. Katché sait être présent non seulement par sa voix, mais aussi par sa batterie qui incarne une science de l'équilibre ayant déjà prouvé son génie: jamais en retrait, jamais en avant, toujours au bon endroit. Sur quelques aspects The Scope peut renvoyer au dernier album de Marcus Miller, Laid Black, qui regorge de pépites et qui donne envie de rêver que ces deux géants de la musique collaborent un jour sur un album en duo.

« Virtuose » ; c'est le mot qui vient directement à l'esprit pour qualifier The Scope. Accessible, riche, plaisant, varié, moderne, mélodiquement imparable, cet excellent album représente une nouvelle facette passionnante de Manu Katché compositeur. A écouter d'urgence.

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