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04 Mars 2019

uKanDanZ

Yeketelale

par Jean-Philippe Haas
dans

On avait cru un instant uKanDanZ dissout peu après Awo (2016), mais le temps d'un remaniement de personnel et voici qu'est de retour le représentant français de l'éthio-jazz, métissage musical qui a connu ses heures de gloire dans les années soixante et soixante-dix à Addis-Abeba. Le trio fondateur Cluzel/Martin/Gebreyes s'est adjoint les services du batteur Yann Lemeunier et du bassiste Adrien Spirli pour continuer de revisiter les standards du genre sur un troisième album. Ceux qui aimaient le gros son de son prédécesseur en seront pour leur frais : exit les rouleaux compresseurs rythmiques, et retour à une musique centrée sur le chant, avec en prime quelques touches électro.

Dès « Gesse », pour peu dépaysant qu'il soit avec ses litanies amhariques, on observe une légère mise en retrait au mixage de la guitare de Damien Cluzel et, dans une moindre mesure, du saxophone de Lionel Martin tandis que des sons électroniques produits par la batterie ou la basse synthétique font leur apparition. Cette tendance se confirme sur « Gedawo » et « Ere Gedamu », où basse et claps prennent encore davantage d'importance, accentuant le caractère dansant des mélopées. C'est d'ailleurs le parti pris sur Yeketelale : revenir à l' « essentiel », avec des titres funky comme « Weyene Ajire » ou « Yene Hassab », clairement écrits pour se déhancher. Tout cela ne manque pas de groove, et on ne s'en plaindra pas, mais on reste toutefois un peu dubitatif à l'écoute de l'inquiétant « Beyet New Mengedu » et surtout de « Enken Yelelebesh », très éloigné de l'original et du genre qu'il est censé représenter. Quant à « Fetsum Deng Ledj Nesh / Asnake's Bet », sombre et répétitif, quasi progressif, il développe une facette inédite, impressionniste, presque trip-hop par moments.

uKanDanZ opère un virage serré, peut-être pas en épingle à cheveux, mais à angle droit. Sa musique reste éminemment reconnaissable et unique tout en laissant derrière elle le crunch qu'elle possédait, au profit de sonorités synthétiques, plus occidentales. Et si elle se perd parfois dans des tentatives plus ou moins fructueuses, elle remet sur la table les fondamentaux portés par le nom du groupe, à savoir les ondulations de l'arrière-train.

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