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07 Janvier 2019

Genesis

...And Then There Were Three...

par CHFAB

Nouvelle étape « post-gabrielienne » pour Genesis puisqu'à son tour Steve Hackett quitte le groupe, trop insatisfait de la place que lui réserve Tony Banks dans la composition et les interventions solistes, et après un refus catégorique d'une compo proposée par lui, qu’il finira d’ailleurs par placer en morceau titre sur son deuxième album solo... L'affaire va-t-elle précipiter le groupe à sa perte? C'est trop mal connaître les trois gaillards restant, dont on sait maintenant à quel point ils vont tirer leurs marrons du feu de cette réduction de signatures pour les compos. Le punk vient de tout emporter sur son passage, et le progressif chatoyant et ambitieux n'est plus de mise. Genesis l'a bien compris et n'hésite pas à prendre le train du changement en marche, quitte à perdre un peu (voire complètement!) de son public de départ. ...And Then There Were Three..., enregistré en 77 aux Pays Bas, est un disque mal aimé par la presse et les rétrospectives, injustement s'il en est, tant une bonne moitié au moins demeure de qualité, voire excellente, tout en renouvelant les sonorités, pour les claviers essentiellement, ainsi que le format des morceaux qui évidemment va tendre à se raccourcir.

La pochette est à nouveau signée par Hipgnosis, et apparaît encore aujourd'hui comme un rien énigmatique... Elle ne semble pas particulièrement liée à un morceau du disque, bien qu'elle ait un certain pouvoir de mystère, avec cette vue crépusculaire, et les trois gars, dont on pourrait penser qu'ils préparent un mauvais coup, ou en reviennent, c'est selon... Le titre de ce disque fait référence aux Dix Petits Nègres d'Agatha Christie, dont les protagonistes du roman meurent ou disparaissent les uns après les autres... Un clin d'oeil laissant deviner une certaine autodérision, doublée d'un relativisme plutôt optimiste quand à la perte d'un second membre du groupe. Rappelons que depuis le départ, Genesis a connu quatre batteurs, deux guitaristes et deux chanteurs...! On se dit finalement que tant que Banks est à la barre, la qualité sera au rendez-vous... Cette pensée aura bientôt ses limites lorsque Collins décidera de s'inviter sérieusement au répertoire... Pour le moment penchons-nous sur ce premier album post Hackett. Son absence se fait-elle sentir? Oui car Rutherford est un piètre soliste, et son apport aux accords de Banks est plutôt faible. Il se contente souvent de suivre le mouvement. De plus, sa basse ne brille pas particulièrement ici, d'autant que les rythmiques se sont passablement assagies. Pourtant la mayonnaise prend sur pas mal de titres, ou par intermittence; on retrouve l'ampleur symphonique, les harmonies inattendues, le goût pour les digressions instrumentales, même si bien moins présentes. Collins, impressionnant surtout sur ses toms de batterie, est décidément un interprète vocal toujours aussi excellent, alliant puissance et nuance, sachant faire naître l'émotion à bien des reprises (« Say It's Alright Joe », « Undertow », « Snowman ») . Comme on l'a dit, Banks est le roi de la fête, avec son tout nouveau piano électrique Yamaha CP 70, véritable fil rouge du disque. On peut pourtant reprocher au groupe un certain manque d'ambition, l'album ne comportant que peu de compositions vraiment marquantes, (« The Ladie Lies », « Burning Rope », «  Down And Out »), proposant pas moins de onze morceaux. C'est en effet le disque annonçant une orientation plus consensuelle, plus efficace, plus pop. Le single en toute fin d'album a d'ailleurs cartonné un peu partout, bluette amoureuse sur fond chaloupé au refrain asséné ad nauseam... Ce qui permet pour la première fois à un album de Genesis d'être un succès commercial au Royaume Uni, mais également en Allemagne et en France, qui du coup ne manqueront pas d'être visités à plusieurs reprises (cinq destinations différentes pour la France) lors de la tournée mondiale qui s'ensuit. « Follow You Follow Me » et « Many Too Many » sont les vrais temps faibles, destinés aux radios de grande écoute, à un public féminin, et donc à des visées clairement commerciales. «  Ballad Of Big » quant à lui est par trop balourd et répétitif... Le sentiment général est qu'il y a pourtant matière à un potentiel grand album, mais que le travail demeure un rien inachevé ou fragmenté.

La tournée consécutive s'avère cependant particulièrement brillante, aux jeux de miroirs mobiles vraiment stupéfiants (mécanisme complexe et coûteux), les nouveaux morceaux prenant une nouvelle vigueur sur scène, en plus de l'incorporation de morceaux inattendus(«  The Fountain Of Salmacis », splendide), la set list privilégiant l'excellence. Venus du monde du jazz rock (rappelons que Collins à cette époque officie également au sein de Brand X), Chester Thompson et Daryl Stuermer prennent la relève batterie-guitare. Stuermer a un jeu plus froid mais plus rapide que Hackett, décochant des soli tout en montées et descentes, insufflant au répertoire classique une nouvelle couleur bienvenue, et ce sans pourtant trahir l'apport de son prédécesseur. Un enregistrement bootleg d'un concert à Dijon durant cette tournée existe quelque part, au son et à la prestation exceptionnels, Collins présentant la totalité du show en français... Un jour peut-être sera-t-il officiellement publié car il mérite le détour.

...And Then There Were Three... proposera les dernières couleurs véritablement progressives d'un Genesis passé désormais à la postérité, pour laisser naître un autre groupe, qui ne gardera que le nom et la voix du premier. Avec le suivant, conceptuel et incontestablement réussi, paradoxalement, se tournera la page d'une autre histoire, une autre musique, un autre public, plus vaste mais aussi plus anonyme, et dont l'épreuve du temps ne lui donnera pas vraiment raison.

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