coup de coeur
24 Décembre 2018

Genesis

A Trick of the Tail

par Raphaël Dugué

...And then there were four… Le départ de Peter Gabriel de Genesis en 1975 ne fait que normaliser une situation existante depuis 1974 lors de l’écriture de The Lamb Lies Down on Broadway pendant laquelle le chanteur s’est peu à peu isolé. L’histoire se répète : comme en 1970 avec le départ d’Anthony Phillips, les Anglais doivent faire face à la perte d’un des membres créatifs. Même s’il est envisagé que Phil Collins chante sur les morceaux calmes comme « Mad Man Moon », le groupe pense tout de même pouvoir trouver un nouveau chanteur au moins pour les morceaux énergiques. Devant l’absence de candidat crédible, le batteur fait un essai réussi qui convainc le quatuor de se lancer tel quel.

Dans ce contexte, l’écoute de A Trick of the Tail est une surprise car non seulement le groupe ne souffre pas du départ de Gabriel mais il semble au contraire complètement libéré. Ce disque et son successeur Wind and Wuthering forment un diptyque sur lequel est atteint un équilibre seulement entr’aperçu jusqu’ alors. Toujours à l’aise dans les morceaux d’ouverture, Genesis frappe fort dès les premières secondes grâce à un « Dance on a Volcano ” de haute volée où les surprenants changements de rythmes s'enchaînent sans temps morts (ce qui, d’après Tony Banks, obligeait Bill Bruford lui-même à la plus grande concentration lorsqu’il prit les baguettes lors de la tournée de 1976). Gabriel parti, Banks, Hackett, Rutherford et Collins ont laissé les ambiances urbaines de côté et renouent avec l’aspect plus romantique, typiquement anglais tout en innovant par petites touches (le son lourd de la rythmique de « Squonk » est inspiré par « Kashmir » de Led Zeppelin, les synthétiseurs et les effets se diversifient).

Le quatuor retrouve aussi une certaine simplicité rappelant Trespass marquée par le retour au premier plan de la guitare douze cordes. Le groupe déploie une sophistication discrète fait d’enchevêtrement de textures particulièrement dans les morceaux calmes. « Entangled », unique collaboration entre Hackett et Banks en est un magnifique exemple. Sa première partie tout en délicatesse laisse place à un solo brumeux de synthétiseur à vous hanter pendant longtemps. Sur « Ripples », le sublime dialogue entre la guitare électrique et le synthétiseur de la partie instrumentale du titre est un sommet de lyrisme mélancolique.

Le côté théâtral de la lignée de « The Battle of Epping Forest » est à nouveau présent mais dans un format plus digeste porté par le malicieux « Robbery Assault and Battery ». Après l’harmonieux titre éponyme, l'instrumental « Los Endos » referme A Trick of the Tail d’une parfaite manière, en reprenant les thèmes musicaux de l’album donnant ainsi une impression d’accomplissement.

Comme en 1971, Genesis sort de la crise avec panache en proposant album sans failles. Magnifié par une production signée David Hentschel qui rend enfin justice à la musique, A Trick of the Tail forme un ensemble à l’équilibre parfait sur lequel les ambitions progressives côtoient une certaine forme de simplicité. Quelques mois après sa sortie, les ambiances automnales de cet album laisseront place aux hurlevents glacés de Wind and Wuthering.

Commentaires 

#1 _Ancestor_ 25-12-2018 23:51
Chouette chronique d'un chouette album. Cerise sur la chronique : j'ai maintenant envie de l'écouter alors que ça soit faire quelques lustres que je n'e l'ai pas fait !
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