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17 Décembre 2018

The Tangent

Proxy

par CHFAB

Doit-on encore présenter The Tangent, ainsi qu'Andy Tillison son mentor, claviériste, compositeur, chanteur et batteur occasionnel ? On se contentera de rappeler combien sa formation (Reingold, Travis, Stolt, Salazar, Csörsz, David Jackson, Guy Manning, Jakko Jakkszyk, Paul Burgess, Gavin Harrison, Morgan Ågren, Luke Machin !) aura prolongé cette vague progressive irrépressible de la fin des années 90 pour la voir littéralement exploser définitivement au début de ce vingt-et-unième siècle, d'un point de vue créatif s'entend... La musique de The Tangent se veut à la fois riche, complexe, exécutée magnifiquement par des techniciens de haut vol (vous avez vu la liste ?) tout en restant toujours lisible, privilégiant sans cesse la mélodie et le groove. Un progressif très britannique dans son raffinement et ses arrangements, très seventies
Proxy (traduisez par procuration ou mandataire, terme à la fois bureaucratique et guerrier), dixième chapitre, est toujours aussi impliqué dans le fond comme dans la forme, poussant cette fois le curseur de l'excellence un peu plus loin encore. En effet, chaque album, bien que très solide, peine parfois à totalement dépasser son cahier des charges, donnant souvent l'impression de passer juste à côté du génie. Sans doute le souci d'accessibilité en est-il son talon d'Achille, et c'est souvent dans les publications annexes que les prises de risques musicales se sont vues les plus récompensées, comme c'est le cas pour A Place On The Shelf ou L'Etagère Du Travail. Avec cet album il semblerait qu'enfin l'envie de pousser plus loin l'emporte, et pour le meilleur. Jamais peut-être la musique de The Tangent n'a paru aussi moderne, empruntant autant à la fusion qu'à l'électro, et n'a accordé autant d'espace pour les instruments et l'écriture musicale, laissant littéralement exploser tous ses protagonistes : magique Luke Machin dont le jeu de guitare initialement très métal se fait bien plus sensible et pléthore de soli diaboliques de Tillison au clavier. C'est probant pour les deux premières plages du disque (dont la seconde est instrumentale), véritables feu d'artifice, aux détours harmoniques trépidants et souvent inattendus. Le morceau bonus en toute fin de CD, planant à souhait, confirme cette tonalité jazz contemporaine. La deuxième moitié de l'album s’oriente vers le funk et un certain mariage entre électro dance et jazz, surprenant l'auditoire mais ne manquant certes pas d'intérêt, loin s'en faut. Ou comment, comme on l'a dit plus avant, prendre des risques paie parfois plus qu'on ne l'imagine.

[Parenthèse : on peut s'interroger à ce propos (malgré le caractère très novateur, très risqué commercialement et culturellement que revêtait ce style musical à son origine) sur les raisons d'un certain conformisme actuel observé dans le rock progressif, les chefs de file peinant à développer des formes et des idées nouvelles, cherchant trop souvent à flatter l'oreille plus que tenter une véritable aventure. De plus, il existe encore des courants auxquels le prog (ou du moins les musiciens prog) refuse encore et toujours de se frotter : la musique urbaine en général, avec le rap en particulier, le reggae, le slam, le R’n’B, et une pop qui aurait dépassé depuis longtemps l'influence des Beatles, affaire de génération sans doute... Le prog demeure trop une musique de blancs pour les blancs... Le jazz, bien moins sectaire finalement, ou complexé, s'adonne plus librement aux chocs des cultures, et ce depuis une bonne trentaine d'années déjà. Saluons donc l'initiative de The Tangent, qui tente d'allier des courants fâchés en apparence, même si ce n'est pas encore totalement convaincant sur la durée, «  The Adulthood Lie » souffrant de quelques petites longueurs... Rappelons que The Tangent fait partie des chefs de file. Parenthèse fermée.]

On a souvent déprécié le manque de technique vocale ou de lyrisme d'Andy Tillison, comme si le prog ne pouvait s'envisager autrement qu'avec le chant à la proue des débats. Erreur, tant la mouvance Canterbury, le jazz rock ou la Zeuhl, par exemple, ont démontré à quel point la voix humaine pouvait s'envisager comme un instrument, à titre d'arrangement tout autant que soliste. Et il faut bien constater à quel point Tillison a progressé dans son expressivité, sa tessiture et sa puissance vocale. C'est donc un argument dont il faudra se passer désormais, autre très bonne nouvelle. Détail un peu déconcertant: le premier morceau bonus, avec son intro très rock body buildé à la Asia est un morceau ancien... Andy Tillison aurait cédé à la pression de quelques fans. Ce n'est pas un naufrage, mais il n'était pas indispensable de l'inclure, il gâche un peu la fête du coup...

En attendant, voilà tout bonnement l'un des tous meilleurs albums du groupe, voire le meilleur, ce qui est cette fois vrai (tout le monde adore plébisciter la nouveauté, au risque de l'aveuglement), et tout porte à l'encourager à poursuivre un tel niveau. Ce n'est pas que toute sa discographie se résumait à une recette sans cesse répétée (qui a dit The Flower Kings ?) bien que parfois tout de même, avouons-le, mais ici The Tangent laisse enfin de nouveau à penser que sa marge de manoeuvre est bien plus large, et encore à venir. Alors merci Andy!

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