coup de coeur
10 Décembre 2018

Genesis

Selling England by the Pound

par Raphaël Dugué

Après l’apothéose « Supper’s Ready », mastodonte progressif de vingt trois minutes issu de l’album Foxtrot , Genesis se tourne vers un format d’album plus modeste en apparence contenant quatre suites d’une dizaine de minutes chacune entrecoupée de morceaux courts un peu à la manière de Nursery Cryme. Mais cette modestie n’est présente qu’en apparence car c’est le groupe tout entier qui prend une nouvelle dimension. La richesse et la diversité des instrumentations atteignent en effet leur apogée sur cet album. Hackett se met à la guitare nylon, Banks introduit un nouveau modèle de mellotron (d’où provient l’effet choral de « Dancing With the Moonlit Knight » ou « Aisle of Plenty »), il expérimente aussi pour la première fois l’utilisation d’un synthétiseur. Emmené par un Phil Collins qui s’est plongé dans le Mahavishnu Orchestra, la section rythmique s’offre quant à elle une complexité encore plus avancée.

« Dancing With the Moonlit Knight », morceau d’ouverture fracassant démontre toute l’inventivité de Genesis. De l’ouverture délicate a capella, aux envolées épiques, c’est toute l’identité du groupe qui y est résumée en huit minutes. « Firth of Fifth », devenu un classique du genre progressif et “ The Cinema Show ” comptent parmi les meilleurs moments du disques avec leurs passages instrumentaux d’un grand raffinement. Le solo de guitare sur « Firth of Fifth » ainsi que la deuxième partie de “ The Cinema Show ” qui, dans un climax magistral, se referme en en reprenant le thème d’ouverture du disque montrent que Genesis arrive au point culminant de sa démarche musicale mêlant complexité et lyrisme. Malheureusement, cette ambition devient moins convaincante sur « The Battle of Epping Forest » tant le morceau souffre de longueurs à cause d’un Peter Gabriel un peu trop bavard. Les morceaux courts sont eux aussi inégaux, aux côtés du réjouissant « I Know What I Like » et du joli « After the Ordeal » à l’ambiance romantique, l’anecdotique « More Fool Me » casse quelque peu le rythme de l’album, d’autant plus qu’il aurait très bien pu en être dispensé vue sa durée de 53 minutes.

Avec Selling England by the Pound, Genesis atteint donc le paroxysme de son style. Plus complexe, plus bavard, plus long et plus produit, le disque reste encore une influence majeure pour des générations de musiciens qui, en tentant de l’imiter, n’ont jamais pu s’approcher de la perfection de ses meilleurs moments. Même si la démarche des Anglais entraîne naturellement des excès, il faut tout de même saluer l’ambition d’un groupe qui a cherché à aller jusqu’aux frontières d’un genre. Pour la suite, Genesis n’aura alors alors qu’une seule solution, les dépasser.

Commentaires 

#1 StevCals 19-10-2019 23:08
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