coup de coeur
03 Décembre 2018

Light Damage

Numbers

par Thierry de Haro

Lorsque l’on écoute Numbers pour la première fois, une sensation curieuse et agréable s’empare de nous, comme si un grand tourbillon nous emportait à travers des textures sonores multiples, une fois le diamant posé sur le vinyle. Et si les prémices d’un tel voyage pouvaient apparaître dans l’album précédent de Light Damage à travers des compositions aussi riches que «  The Supper Of Cyprianus  » ou «  Touched  », rien ne pouvait indiquer que celui-ci serait teinté d’autant d’audace quant à la diversité des destinations proposées.

Mieux qu’un long discours, l’écoute du premier titre, «  Number 261  », nous transporte en des territoires où la présence de Light Damage nous était inconnue jusqu’alors : un peu plus de 3 minutes distribuées à deux voix – celle de Marilyn Placek, qui vient s’assembler à celle plus ‘habituelle’ de Nicholas Dewez sur un rythme alerte et taillé pour être diffusé sur les radios les plus intéressantes. Il s’agit d’ailleurs du premier titre extrait de l’album par le groupe – c’est un signe ! Le morceau suivant, «  Bloomed  », nous renvoie dans un registre plus prog rock - claviers mystérieux et planants, rythmique affirmée - l’espace de quelques minutes génératrices d’un bonheur intériorisé et intense. Gageons que cet instrumental puisse être développé lors des prestations ‘live’ car il fait clairement partie de ces titres qui montent en puissance lorsqu’ils s’agrippent aux aiguilles de la pendule pour en rallonger le temps.
Ici, «  Bloomed  » semble être prétexte à introduire l’un des joyaux de l’album, le sublime «  From Minor To Sailor  ». On y retrouve toute la richesse des compositions de Light Damage, recherchées et mélodiques, sophistiquées et subtiles à la fois. Les influences Marillion période Hogarth remontent à la surface – particulièrement Stéphane Lecocq, fils spirituel de Steve Rothery à la guitare – mais on y trouve aussi une pincée de Muse à mi-morceau, ainsi que quelques sensations musicales qui reviennent en mémoire de votre serviteur, lorsqu’il écoutait inlassablement Domain Of Oblivion, objet volant intemporel de Ken’s Novel dans le ciel belge de l’an 2005. Une longue pièce de près de 20 minutes où toutes les sensations s’entrechoquent, où le maelström musical engloutit toute forme de résistance de l’auditeur qui se laisse alors happer par une vague de plénitude. Et que dire de «  Little Dark One  », dont l’introduction violon/violoncelle submerge nos émotions telle une symphonie de cinq sens ? On pourrait avoir tendance à l’écouter en boucle, mais la voix de Nicholas Dewez vient troubler cette quiétude apparente pour installer une nouvelle ambiance feutrée, martelée par la basse de Fred Hardy. Il y a un petit côté David Sylvian jusqu’à la 5ème minute, puis sa voix et ses intonations vont tutoyer peu à peu Steve Hogarth pour prendre possession de son corps au fur et à mesure que le morceau recouvre nos oreilles. La basse de Fred Hardy n’est pas en reste avec son compère Christophe Szczyrk aux baguettes, ils nous concoctent alors une base rythmique dans l’impeccable lignée d’un Trewavas/Mosley. Quand à Stéphane Lecocq, il rejoint plus que jamais le lumineux Steve Rothery, aussi bien par la finesse de ses interventions que par le son parfait qu’il fait sortir de sa guitare, à tel point qu’il aurait pu faire partie des meilleurs titres du groupe anglais. Somptueux !
Changement de ton dès l’introduction de «  Phantom Twin  » où Philip K. Dick, pénètre de sa voix grave les nappes flottantes du clavier de Sébastien Pérignon, nous plongeant dans l’ambiance sombre et éthérée que la musique de Vangelis avait créée dans ce monument cinématographique, Blade Runner, adapté de l’œuvre de l’écrivain américain. Puis quelques notes de piano volatiles viennent annoncer une partie plus rythmée, où les accords se font plus tranchants, à la manière d’un Marillion des années 80. Les influences Misplaced Childhood sont bien présentes jusqu’à la fin du morceau, même si une fois encore, les compositions sont principalement marquées du sceau de Light Damage. L’album se clôture sur une pièce musicale très pure, intitulée «  Untitled  », que le tintement d’une boîte à musique vient ouvrir. Violon et violoncelle s’entrelacent telles des volutes de fumée conversant avec un piano nostalgique, déroulant un tapis sonore sur lequel Eduardo Galeano, écrivain uruguayen engagé, vient réciter un discours poignant sur la vulnérabilité des plus sensibles face à ceux qui tourmentent l’humanité. C’est d’une beauté à en pleurer !

Après un premier album éponyme qui les a fait connaître par une partie de la sphère progressive, Numbers devrait permettre à Light Damage de toucher une population plus importante. Mieux qu’une confirmation que nous attendions, cet album est une révélation ! Il met en lumière un travail d’une grande maturité, un sens musical profond et répond en tous points par son originalité à l’amateur de rock progressif devenu exigeant face à une production bien conséquente. Il sera assurément l’un des albums qui va compter en 2018 !

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