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03 Décembre 2018

Genesis

Genesis Live

par Raphaël Dugué

Après Foxtrot, il est temps pour Genesis de sortir un album en concert, passage obligé pour les Anglais qui commencent à connaître un succès croissant en Europe. Tony Stratton-Smith, patron de Charisma, les persuade d’enregistrer pour l’émission américaine « King Biscuit Flower Hour », il décidera par la suite de publier l’enregistrement sous le nom de Genesis Live. Destiné au départ à une programmation en radio à l’enjeu peu important, le disque ne bénéficie donc pas d’une captation sonore optimale d’autant plus que le groupe n’est quasiment pas impliqué dans le processus. Ce n’est guère mieux côté pochette, il s’agit d’une simple photo de concert. Son allure de théâtre conceptuel avec Peter Gabriel et sa boîte sur la tête en ont sûrement rebuté plus d’un.

Enregistré quelques mois seulement après la sortie de Foxtrot, Genesis Live s’ouvre sur deux de ses morceaux emblématiques: « Watcher of the Sky » et « Get 'Em Out by Friday ». Si les accords étranges de Mellotron de l’introduction du premier titre sont toujours efficaces, l'interprétation reste malheureusement trop sage, le tempo est même légèrement ralenti par rapport à la version studio et donne le sentiment que le groupe se traîne un peu. Ce n’est guère mieux pour « Get 'Em Out by Friday », copie conforme de sa version studio. Cette fable sociale lorgnant sur la science fiction où Gabriel évoque le sort des familles expulsées de leur logement par des promoteurs immobiliers sans scrupules (toute ressemblance avec un système économique dominant est évidemment fortuite) garde tout de même son charme grâce à ses multiples changements d’ambiances et les personnages interprétés par le chanteur.

Genesis se rattrape heureusement sur la deuxième face du vinyle original contenant « The Return of the Giant Hogweed », « The Musical Box » et « The Knife », trois morceaux qui ont indéniablement bénéficié d’une plus grande expérience en concert que ceux de Foxtrot. Les membres de Genesis ont toujours évoqué des regrets quant aux enregistrement studios jusqu’à Selling England by the Pound car d’après eux, ils ne traduisaient pas leur spontanéité. Phil Collins en a fait l’expérience dès ses débuts où il a dû faire jusqu’à 31 prises pour enregistrer « The Fountain of Salmacis », lui qui considère que la meilleure performance d’un batteur se situe à la deuxième ou troisième prise ! L’écoute de ces morceaux leur donne raison tant l'interprétation est énergique, on accordera une mention particulière à la rythmique de Rutherford et Collins particulièrement puissante et inventive. Elle offre à cet album une apothéose furieuse sur « The Knife ». Même si les morceaux restent globalement similaires aux versions studio, la performance de Gabriel qui, à 23 ans, possède déjà un charisme vocal impressionnant ajoute à l’intensité.

La version remixée du disque sortie en 2007 contient en bonus cinq morceaux de The Lamb Lies Down on Broadway enregistrés en 1975. Ce choix curieux du label n’a sûrement pas non plus été décidé par le groupe, drôle de façon de rendre hommage à l’histoire de Genesis Live. Dans l’industrie musicale comme partout, les têtes changent mais les pratiques restent les mêmes. Mis à la suite ainsi, les morceaux manquent de contexte mais restent de beaux témoignages du Genesis plein d’assurance de 1975. Cet enregistrement met spécialement en avant la performance incroyable de Collins. Sa subtilité et sa créativité mises au service de la musique atteignent ici un point culminant.

Malgré ses défauts, Genesis Live est un document intéressant pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir un Genesis un peu plus énergique voir agressif. Son remixage en 2007 marque une amélioration au niveau sonore même si celui-ci reste relativement brut. On ne peut que regretter que Virgin Records, sous la coupe d’Universal, ne daigne pas sortir certains des témoignages d’époque qui possèdent une prise de son excellente.

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