coup de coeur
12 Novembre 2018

Genesis

Trespass

par Maxime Delorme

Avec leur second album Trespass, l’iconique groupe britannique pose l’une des pierres fondatrices du rock progressif. Boudé du public qui lui préférera ses successeurs, Trespass est pourtant un album méritant d’être redécouvert par tous tant chaque piste aura inspiré les productions antérieures du monde du rock progressif. Rétrospective !

Après un premier album versé dans la folk, le quintette alors composé de Peter Gabriel au chant, Tony Banks aux claviers, Michael Rutherford et Anthony Phillips aux guitares et de John Mayhew à la batterie se lance dans un projet bien plus expérimental que From Genesis to Revelation. Un album ambitieux qui posera les bases de ce que deviendra l’âge d’or de Genesis : un projet mêlant la folk de leurs débuts avec une composante progressive extrêmement prenante et présente.

L’album d’une cinquantaine de minutes démarre sur « Looking for Someone » donnant immédiatement la part belle à Gabriel et Banks sur une introduction qui démarque instantanément Genesis du reste de la production musicale de l’époque. L’album enchaîne six titres qui façonneront très clairement l’un des visages du rock progressif. Il est désormais aisé en l’écoutant de voir à quel point l’album a inspiré des générations futures de musiciens. Preuve en est, « White Mountain » et « Stagnation » sont de longues plages mélancoliques teintées de folk dont on ne peut s’empêcher de remarquer à quel point elles ont soufflé l’inspiration à des musiciens comme Steven Wilson ou Mikael Akerfeldt (Il suffit par exemple d’écouter « The Watchmaker » de Wilson ou « Drag Ropes » sur Storm Corrosion pour entendre les emprunts directements faits à ces deux morceaux).

Les pistes sont souvent éthérées et complexes mais accessibles. Bien plus, à vrai dire, que d’autres mastodontes de l’époque, King Crimson en tête. Les douze cordes typiques du groupe sont parfaitement appuyées par les pistes d’orgue et de mellotron jouées par Tony Banks qui - de l’aveu du groupe - a la mainmise sur la composition. Un excellent exemple de cette capacité à concevoir des morceaux à la fois simples d’accès et complexes d’écriture peut être entendu sur la piste « Dusk », simple balade agrémentée d’un magnifique solo de flûte où les guitares se font écho et se mélangent harmonieusement. A aucun moment la piste ne semble outrageusement compliquée et pourtant la finesse de l’écriture permet au morceau d’inspirer une atmosphère poétique et quasi pastorale.

De cette manière, l’album est toujours dans l’alternance d’ambiances flirtant généralement avec la musique folk, le rock et quelques touches discrètes de jazz. Mais la surprise principale de Trespass se trouve dans le morceau de clôture : « The Knife ». Agressif et bien plus violent que les pistes précédentes, ce final se veut détonnant et radicalement différent des autres plages de l’album; un morceau qui se replace aussi dans un contexte politique puisqu’il fait (de l’aveu de Gabriel) référence aux protestations pacifistes de Gandhi et à la croyance de Gabriel selon laquelle la violence ne peut déboucher que sur la tyrannie. Par ailleurs, la section centrale du morceau fait écho à la tuerie de 1970 de l’Université de Kent State dans l’Ohio où quatre étudiants trouvèrent la mort face à la garde nationale des Etats-Unis dans une manifestation pacifique contre les bombardements au Cambodge. Cette direction politique du groupe se fera moins présente sur les albums suivants, mais ressurgira très fortement dans la carrière solo de Gabriel lorsqu’il quittera le groupe en 1975 après The Lamb Lies Down on Broadway.

Trespass est un incontournable du groupe et mérite sa place dans toute discographie d’amateurs de progressif, en tant que pierre angulaire ayant défini un genre, un groupe et l’inspiration d’une multitude de descendants. Il s’agit aussi de l’unique avatar progressif d’un line-up qui ne survivra pas à l’album. A sa suite, Anthony Phillips quitte la formation, terrifié par la scène. Face à une crise existentielle, les Britanniques décident de continuer l’aventure mais Banks impose un changement de batteur, John Mayhew étant vu comme un outsider n’ayant pas les capacités à porter le groupe rythmiquement. C’est là que Genesis embauche Steve Hackett et Phil Collins, formant ainsi l’un des line-ups les plus inoubliables de l’histoire de la musique progressive !

  • Année: 1970
  • Label: Charisma Records

Commentaires 

#1 LJS 13-11-2018 23:21
Peter Gabriel part en 1975
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#2 Mdelorme 19-11-2018 14:47
Effectivement, merci de votre vigilance, c'est corrigé
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