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12 Novembre 2018

Amgala Temple

Invisible Airships

par CHFAB

La Norvège, l'autre pays du… heavy? Psyché ? Jazz rock? Revival 70s ? Un peu tout ça en effet, tant tout ce qui tombe de Trondheim et autres contrées de ce nord-là étincelle souvent de mille réjouissances. Le Père Noël est lui aussi norvégien? Rien d'étonnant à ça, et en ce début de novembre, voici une nouvelle aurore boréale dans sa hotte, givrée assurément, spatiale à n'en pas douter, atteignant des sommets rares et mirifiques. A l'image de la pochette bien barrée de ce premier disque.

Amgala Temple est un trio composé d'un multi instrumentiste (basse, synthétiseurs, entre autres), d'un guitariste et d’un batteur, leur musique étant d'obédience exclusivement instrumentale. Ami lecteur, friand de chant, de couplets et refrains, d’incessantes nappes de claviers numériques, de textes faciles à mémoriser, tu peux déjà passer à la chronique suivante.
Reprenons. Le pédigrée des trois Norvégiens est déjà conséquent, chacun ayant oeuvré dans différentes formations, Jagga Jazzist notamment. Mais la comparaison s'arrête là, tant c'est une autre pointure qui’in découvre dès la première écoute d'Invisible Airships. D'emblée la filiation avec Elephant 9 est tout ce qu’il y a de plus frappante, tant la frénésie, les glaciers et volcans survolés se confondent, les débats claviéristiques étant cette fois-ci tenus par les guitares. Et quelles guitares ! On jurerait entendre les magnificences de Reine Fiske (qui joua un temps avec Elephant 9 justement), dont on ne présentera pas ici ni la carrière, ni son incroyable alliage sonore entre finesse et débordements psyché. Bref, déjà, le plaisir s'annonce. Même batterie également, à la fois jazz, volubile, rock, hyper groove, bien au-delà d'une simple assise rythmique, et en constante réinvention. On pense beaucoup à Kenneth Kapstad, ce qui n'est pas peu dire. Ajoutez à cela une basse reptilienne, littéralement fondue dans la neige, alternant avec un Fender Rhodes tout autant au fond de la crevasse, le tout transcendé de réverbération, histoire de propulser le combo bien au-dessus de la couche d'ozone. Maintenant vous avez une idée plus précise du trip. Tout est compris dans le titre: vaisseaux aériens invisibles, lumière rasante, vitesse de haut vol, pénétrations atmosphériques, déplacements hyper moléculaires, mur du son franchi dans les nuages, perforations glaciaires, tout ce que vous voudrez !

Mais Amgala Temple ne se contente pas de digresser dans la fuzz sur ses séquences en roue libre; les soli sont hypnotiques et très impressionnistes, certes, mais l'ennui pourrait parfois guetter sans un minimum d'écriture, ou du moins un sens structurel des choses, de la composition et de la rythmique. Leur musique a aussi choisi de faire dans l'épure, laissant une impression de direct très prégnante, chaque note, chaque intervention revêtant un caractère essentiel, travaillant beaucoup avec la résonance. C'est là aussi que réside la réussite de ce disque. Tout semble construit, ou du moins en donne la totale apparence, au vu de la cohésion du groupe. Thèmes, reprises, cassures, alternances, changements de tempo... toutes ces articulations s'agencent avec une fluidité confondante, de sorte qu'on ne saurait réellement trancher entre impros et compos. Là où My Brother The Wind peine souvent à sortir de ses boucles incessantes, le trio ici présent nous offre un travail déjà mûr, abouti, un début et une fin pour ses cinq morceaux, sans pourtant abandonner la pulsion instinctive qui en fait finalement un groupe peut-être davantage de jazz que de rock. Mais ne vendons pas la peau de l'élan...Tout ne fait que commencer, du moins on l'espère !

Gageons simplement qu'un excellent groupe vient de naître, et que sa discographie saura sinon transcender; du moins confirmer son talent. Encore un excellent son qui vient du froid. Vivement la suite

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