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05 Novembre 2018

Stéphane Galland

Stéphane Galland & (the mystery of) Kem

par Chrysostome Ricaud
dans

Une note de piano résonne à un rythme mystérieux pendant qu’un grésillement de piano préparé l’enrobe. Après quelques secondes apparaissent conjointement le saxophone et la contrebasse. Puis la batterie, mixée très fort au-dessus de tout le reste, qui se lance aussitôt dans un solo. Au cas où vous ne le saviez pas ce premier morceau est là pour vous l’annoncer, vous êtes en train d’écouter un album dont le leader est le batteur.

Stéphane Galland fait partie de l’ensemble de jazz belge Aka Moon et a accompagné des artistes aussi variés que Zap Mama, Axelle Red et Eric Legnini. The mystery of Kem est le deuxième album qu’il sort sous son nom et il continue d’y développer sa fascination pour les musiques du monde et les rythmes complexes. Pour celui-ci, il s’est entouré de jeunes musiciens belges qui font preuve d’une maîtrise technique irréprochable. Participant grandement à donner la coloration world, le flûtiste indien Ravi Kulur figure sur la plupart des titres. Il faut noter également la participation remarquable d’Ibrahim Maalouf à la trompette quart de ton, au morceau «  Memetics  ». Le Franco-libanais tire pleinement profit de la spécificité de son instrument, jouant ses phrasés arabisants si caractéristiques à un tempo effréné. Dans ses propres productions on a peu l’habitude de l’entendre faire preuve d’autant d’audace virtuose et cela lui réussit pourtant vraiment bien. Dans cette même composition, Sylvain Debaisieux prend la suite au saxophone avec un solo très free amenant un climat d’intensité et de tension. Si ce titre est une merveille et que certains y viendront probablement pour la présence d’Ibrahim Maalouf, tout l’album atteint le même niveau d’excellence.

Dans le livret, Stéphane Galland explique qu’il a voulu explorer des rythmiques particulières et personnelles suite à des recherches, et que pour leur donner vie il pratiquait des séances d’entraînement rythmique sans instrument avec ses musiciens. Mission accomplie, puisqu’à l’écoute des compositions, celles-ci sonnent très naturelles et on n’a jamais l’impression que la volonté de faire des rythmes complexes prédomine sur la qualité mélodique des morceaux. S’il y a en revanche un ingrédient qui manque à ce disque et qu’on a l’habitude d’entendre sur d’autres albums de jazz-world c’est un supplément d’âme, d’interprétation émotionnelle. Ici l’exécution est parfaite mais reste un peu froide. The mystery of Kem devrait néanmoins ravir les amateurs d’Avishai Cohen (le contrebassiste), Tigran Hamasyan, Ibrahim Maalouf et autres figures notables actuelles du genre.

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