coup de coeur
27 Octobre 2018

Zwoyld

Zgond

par CHFAB

Zwoyld est un quintette clermontois fondé en 2012, ayant commis un premier disque il y a 4 ans (200 000) et s'envisageant comme une sorte de laboratoire à géométrie variable, "un monstre multidimensionnel pratiquant des notes ésotériques sur des rythmiques numériques" pour citer directement leur page bandcamp... Zgond (ou l'art de couper court à toute tentative de commentaire ou d'interprétation, comme en témoignent également tous les titres de l'album) est donc le second opus du groupe, et n'en déplaise à sa gestation au long court (4 ans), il s'annonce comme un creuset de créativité tout azimut, parfaitement fidèle à la description annoncée précédemment. La pochette de Goulwen Brager (superbe) dominée de rouge et d'or l'illustre assez brillamment; pyramides, athanor et autre grimoire abscons, avec l'idée que quelque chose sortirait de terre, a fortiori peu sympathique mais rigolo quand même. Car il faut bien le dire, ceux qui n'aiment que les harmonies classiques et le sérieux, passez votre chemin. Un seul morceau est chanté (enfin, si l'on veut!) parmi les cinq plages de cet album, c'est «  Jolitude », et franchement, il est assez bidonnant, rappelant très fortement, grâce à ses effets sur la (les?) voix, les voisins de Jack Dupon. On aimerait donc la dérision à Clermont? Il faut dire que par les temps qui courent, il y a tellement de quoi s'affliger, entre politique, autocensure générale, dérive écologique, crispation identitaire, consommation et art de masse que la blague ou l'ironie en deviennent presque les derniers lambeaux de résistance...

Musicalement c'est la claque. Tout débute avec une atmosphère céleste au possible, émouvante, notes planantes égrainées par une guitare au son simple, le tout tenu avec une élégance et une classe rares. Mais ce départ est trompeur (même procédé avec le morceau qui clôt l'album) comme pour nous mettre en garde sur les apparences. Et c'est là que se révèle la note d'intention de Zwoyld (imprononçable et c'est tant mieux), car ce disque nous en fait la très éclatante démonstration. Les cinq morceaux de Zgond alignent tour à tour décontraction (voire paresse!), accélération, pas de côté, démence, groove, moquerie, cavalcade, hyperactivité, psychose meurtrière, vaste blague, beauté pure, swing chaleureux, autisme rythmique, rumba luxueuse, j'en passe et des meilleures, et tout ça dans le désordre, ou son inverse. Alors évidemment, lu comme ça, ça semble épuisant et surtout bavard... Que nenni. Tout ceci est d'une justesse dingue, et d'une classe (on le redit) incroyable. Pas une note, pas un solo, pas un break ne sont de trop et le groupe fait feu de tout bois avec un enthousiasme et une aisance insolents. Ajoutez à cela un sens de la composition et des arrangements très réussis, en plus d'une recherche sonore originale (mention particulière aux guitares, pièces maîtresses aux sonsled back fin 70s rarement employés de nos jours), et il vous semblera bien vite indispensable de retourner à cet album pour en explorer les moindres recoins.

On pense parfois à King Crimson, à Gong, à un certain jazz rock, et à bien d'autres choses encore dont on ne saurait dire finalement le nom. Les instrumentistes affichent un très bon niveau (claviers un poil en retrait, mais sans que ça ne gène quoi que ce soit), et donnent même l'impression d'une marge de progression certaine.

Difficile de résister à cette musique quasi instrumentale, de bout en bout, tant l'inventivité, le plaisir communicatif de composer et de jouer sont là. Un très grand bravo pour ces Clermontois, ayant jeté dans la marre musicale un disque extrêmement réussi, bourré d'énergie et de talent, qui d'emblée s'avance comme le grand outsider de l'année. Superbe. Encore!

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