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15 Octobre 2018

Vak

Budo

par Jean-Philippe Haas

Évoluer dans la niche zeuhl présente le risque majeur d'être rangé dans la catégorie des ersatz de Magma. Car pourquoi s'intéresser à la copie quand on peut avoir l'original ? L'utilisation du Fender Rhodes, d'une basse grondante, de chant lyrique féminin, dans de longues compositions de jazz-rock expérimental sont autant de caractéristiques pouvant conduire à une comparaison qui a toutes les chances d'être largement en faveur de la bande à Christian Vander. Vak n'est pourtant pas la pâle imitation qu'on s'attendait à entendre sur ce Budo, troisième production d'un groupe français né il y a une dizaine d'années.

Tout d'abord, la musique de Vak est un poil moins grandiloquente, moins solennelle que celle de son grand frère. Par ailleurs, elle fait preuve, à l'occasion, de plus de rugosité. Si l'on est certes bien loin d'un quatuor de forgerons, quelques riffs à tendance métallique, déliés ou syncopés, surgissent çà et là. Il n'y a pas non plus ici de langage inventé, seulement les vocalises aériennes et riches en vibrato d'Aurélie Saintecroix. Ces différences suffisent-elles à distinguer Vak des clones de Magma ? Oui, serait-on tenté de répondre, d'autant que les ambiances développées par les deux groupes sont très éloignées.
Budo est articulé autour d'une alternance de longs passages rythmés et de moments plus erratiques. Des leitmotiv interprétés sous différentes formes confèrent une véritable force hypnotique à l'ensemble, en particulier sur le sombre « Budo ». La batterie de Vladimir Mejstelman et la basse ronflante de Joël Crouzet (qui tient également la guitare) constituent le tapis roulant rythmique sur lequel le Fender Rhodes et autres synthétiseurs d'Alexandre Michaan viennent déposer motifs répétitifs et sobres solos. Ça et là, la plainte d'un saxophone vient renforcer la noirceur d'une pièce aussi captivante que dramatique. On n'est pas davantage à la fête avec « Hquark », même si le malaise qui survole le titre est plus diffus. Cette seconde longue composition propose des séquences aux atmosphères plus changeantes, collage d'« épisodes » d'un thriller où les moments de tension seraient entrecoupés de respirations. Concis (huit minutes tout de même!), et moins dense, « Au fond des creuses » conclut l'album plus « calmement », se permettant même quelques notes de flûte, sans toutefois réussir à rasséréner l'auditeur transi d'anxiété.

Si l'ADN de VAK est donc indéniablement magmatique, les climats inquiétants sont à rechercher du côté de groupes de Rock In Opposition comme Present ou Univers Zero. Prenant et expressif, Budo pose très vite sa main froide sur votre épaule pour ne plus vous lâcher !

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