coup de coeur
16 Septembre 2018

Emile Parisien Quintet

Sfumato live in Marciac

par Jean-Philippe Haas

Quiconque a mis les pieds cet été dans un festival de jazz en France a probablement croisé Emile et son quintette. Ou à défaut a-t-il vu sa belle prestation à la Petite-Pierre diffusé par la chaîne Arte. Difficile en tous les cas de passer à côté des apparitions hexagonales du saxophoniste soprano, où sa formation reprend de larges extraits de l'excellent Sfumato, sorti en 2016 et récompensé par le prix de l'Album Sensation aux Victoires du Jazz 2017. Cette même année, pour les quarante ans de Jazz In Marciac, le quintette a saisi l'occasion d'immortaliser cet album en concert, avec les mêmes pointures que sur sa version studio, et parmi eux quelques invités de marque : Joachim Kühn au piano, Michel Portal à la clarinette basse et l'éternel compère Vincent Peirani à l'accordéon. ACT immortalise cette mémorable soirée sous forme d'un ensemble CD+DVD.

La douce mélancolie de « Préambule » sert d'échauffement à tout ce petit monde, avant que « Missing A Page » ne plonge l'assistance sans transition dans un tourbillon sonique où Portal, Kühn, Parisien et Manu Codjia (guitare) y vont chacun de leur petit solo frénétique pour se retrouver tous dans un final explosif. « Le clown tueur de la fête foraine », titre plus contrasté mais pas moins tendu, marque l'entrée en scène de Vincent Peirani. Sa délicate introduction à l'accordéon applique un baume apaisant et lance une composition-phare qui accompagne Emile Parisien depuis une bonne douzaine d'années maintenant. C'est au tour ensuite du trompettiste Wynton Marsalis, invité-surprise, de venir illuminer une reprise très allongée de «  Temptation Rag » ! Pas une note de piano dans cette version-ci mais un trio Parisien / Peirani / Marsalis flamboyant, dont les volutes et trilles s'intriquent à merveille. La trompette brille une dernière fois sur « Transmitting », titre en montagnes russes de Joachim Kühn, avant que le calme ne revienne sur un « Balladibiza » très délié, laissant un peu de latitude à Mario Costa (batterie) et Simon Tailleu (contrebasse), pierres angulaires rythmiques d'une redoutable efficacité, restées un peu dans l'ombre jusque là. Un « Arôme de l'air » ensoleillé et énergique, suivi d'un « Poulp » dont les sept tentacules se sentent parfois free de toute contrainte, ne se rassemblant que pour quelques motifs-éclair : voilà une belle façon de conclure un concert où l'on a entendu peu ou prou toute l'histoire du jazz, ses aspects classiques ou mélodiques comme ses expérimentations les plus audacieuses.

Humble et presque discret, Emile Parisien - et sa chorégraphie corporelle désormais célèbre – se met entièrement au service de ses complices, et ne tire que rarement la couverture vers lui. La vraie vedette, c'est son groupe, cette combinaison de musiciens hors pair dont l'incroyable synergie leur permet de se hisser vers les sommets du jazz contemporain.

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