coup de coeur
16 Septembre 2018

Vincent Peirani

Living Being

par Chrysostome Ricaud
dans

Lauréat du prix Django Reinhardt en 2013, révélation de l’année 2014 puis artiste de l’année 2015 aux Victoires du jazz, il est plus que temps de vous parler de l’homme qui sait faire aimer l’accordéon aux personnes qui y sont allergiques. Ses débuts en tant que leader en trio avec et Michael Wollny et Michel Benita, puis en duo avec Emile Parisien ne laissaient pas présager cet album de jazz rock en quintet avec Tony Paeleman au Fender Rhodes, Julien Herné à la guitare basse et aux effets, Yoann Serra à la batterie et Emile Parisien au saxophone. Qu’à cela ne tienne, les amateurs de jazz électrifié trouveront en Living Being une véritable pépite à ranger aux côtés des plus belles productions du genre.

Ce qui marque le plus sur cet album c’est l’expressivité et la diversité de sons de Fender Rhodes obtenu par Tony Paeleman à travers différentes pédales d’effets. Tour à tour vaporeux et rêveur, cristallin, ou métallique et distordu, le claviériste sait habilement magnifier son instrument pour obtenir des sons qui raviront les amateurs du mythique clavier électrique. Emilie Parisien, qui lorsqu’il est leader nous a habitué à un jeu très free, sait ici se montrer très mélodique au saxophone. Les compositions ont tout pour séduire les amateurs de jazz rock ou son cousin proche qui a également connu son apogée dans les années 70, le rock progressif : mesures asymétriques, polyrythmie et instruments qui se répondent à un tempo effréné sont monnaie courante dans cet album qui ne néglige pour autant pas les moments de calme et de belle simplicité (citons notamment la magnifique ballade «  On the heights  »). La reprise de «  Dream Brother  » de Jeff Buckley est également une vraie réussite dans la mesure où elle sonne comme si elle avait toujours été pensée comme un morceau de jazz rock, et devient un titre phare de l’album par sa force mélodique combinée à sa tension évolutive. Le quintet ne se restreint pas à l’étiquette jazz rock, comme en témoignent une reprise de Michel Portal («  Mutinerie  ») ou une composition de Peirani en hommage à, et dans le style du grand Thelonious Monk («  Some Monk  »). L’album dans son intégralité varie d’ailleurs assez bien les ambiances tout en gardant une identité qui lui est propre. De quoi en faire une œuvre indispensable, loin du simple exercice de style, dans un genre qui existe depuis plus de 40 ans. À recommander à tous les amateurs de jazz rock… mais pas que.

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