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09 Septembre 2018

Alex's Hand

KaTaTak

par Aleksandr Lézy

Groupe mené par un batteur américain du nom de Nic Barnes vivant en Allemagne, Alex’s Hand navigue sur les eaux tumultueuses d’un rock d’avant-garde qui n’est ni vraiment « progressif » ni complètement « en opposition », mais plutôt en construction, serait-il plus judicieux de dire. Signée sur un label russe peu connu mais au concept pour le moins audacieux du nom de R.A.I.G. Records (Russian Association of Independent Genres), la formation à double nationalité, propose ici ce que l’on pourrait appeler son quatrième album. Les morceaux ont été composés trois années avant la parution du disque, entre temps un autre est paru, réédition d’un album sorti uniquement en digital, bref, tout cela sent un peu le bazar.

KaTaTaK, palindrome que l’on pourrait traduire par l’attaque du chat, possède un bon coup de griffe, jusqu’au sang. Entre la main de son maître et sa propre patte, le chat égratigne l’auditeur qui se retrouve embarqué dans un univers bordélique où seuls les instigateurs du projet ont le contrôle sur un chaos complètement foutraque. Est-ce pour autant péjoratif ?
Composé de cinq pistes : seulement trois d’entre elles, d’une durée du quart d’heure plus ou moins chacune, s’apparentent à de véritables morceaux avec des développements tarabiscotés et intrigues biscornues, deux des interludes sont inutiles. Matière il y a donc. Concrètement, les musiciens jouent vraiment bien, lâchés dans la fosse aux lions de l’enregistrement direct, avec très peu de rajouts en post-production, ils n’hésitent pas à attaquer dès que l’occasion se présente. Beaucoup de passages consistent en des ambiances mystérieuses, à la limite du psychédélique comme par exemple le long « Waterfalls ». A contrario « Epic », le meilleur de l’album, conserve la touche mystérieuse avec la dynamique en plus, comme dans les parties secouées du Bitches Brew de Miles Davis, les parties écrites comme improvisées étant de haute volée. « Ghost Peppers », quant à lui chanté, divague sur les traces de Frank Zappa, version théâtrale jazzy sous acide. On s’y laisse facilement prendre au piège, malgré un manque de punch sur la longueur.

KaTaTaK mérite plus qu’une écoute. Malgré un désordre qui semble clairement assumé, son organisation bancale ne lui donne pas complètement la légitimité recherchée. On s’y perd aisément sans y trouver toujours le sens ni la consistance, les meilleurs moments étant lorsque l’écriture reprend le contrôle sur l’improvisation. A n’en pas douter, Alex’s Hand en a sous le pied, avec un potentiel conséquent. A suivre de près, mais on en attend un poil de chat plus.

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