coup de coeur
28 Août 2018

Sylvain Daniel Palimpseste

Voyage imaginaire dans les ruines de Detroit

par Aleksandr Lézy

Un train passe …

Motivé par une longue série de photos d’Yves Marchand et Romain Meffre autour des ruines de Détroit, réalisées entre 2005 et 2010, le projet musical Palimpseste sort de terre sous l’impulsion du bassiste Sylvain Daniel, tout d’abord comme un spectacle vivant associé à l’image, puis sous un album teinté de sonorités diverses propres à la ville du déclin américain, berceau du siège de la Motown, du rock du MC5 puis du punk de The Stooges, en passant par la techno de Juan Atkins et du rap d’Eminem.

Sylvain Daniel est bassiste pour Thomas de Pourquery et Julien Lourau, entre autres, et le dernier bassiste en date de l’ONJ depuis 2015. Les bassistes de Aka Moon Michel Hatzigeorgiou et de Steve Coleman Reggie Washington ont transcendé son amour pour la basse électrique à l’adolescence, tout comme le hip hop de The Roots. Et sur ce premier album en tant que leader, le presque quarantenaire se sert de son expérience pour faire vivre à l’auditeur, pour ne pas dire spectateur, un voyage dans tout ce qu’il y a de plus ancré dans la culture musicale de Détroit.
Voyage imaginaire dans les ruines de Detroit se déroule comme une histoire autour de onze chapitres, onze pistes délibérément abruptes, emplies de références surgissant à chaque instant de manière impromptue. Dans un jazz contemporain très riche et moderne, Sylvain Daniel gratte de fines pellicules d’Histoire de la musique de Détroit, poussé par cette intention très forte de faire parler des images qui l’ont interpellé, remué, bouleversé.
Accompagné de Laurent Bardainne au saxophone ténor, Manuel Peskine au piano souvent électrique et Mathieu Penot à la batterie, les séquences s’enchaînent avec une quasi perfection. Toutes les approches sont de grande qualité, la patte de musiciens d’expérience est palpable. La créativité est présente en permanence malgré les influences bien plus stylistiques qu’en référence à des artistes en particulier. Le bassiste angevin s’illustre particulièrement par son jeu versatile et prolixe, tout en laissant une place conséquente aux autres brillants participants. C’est un régal !

Ce qui frappe au-delà de toutes les éloges déjà faites, c’est l’incommensurable force de la production. Eclatante et puissante, elle porte un message de conviction d’une rare teneur et permet de faire passer cet album dans une dimension suprême. Ici, l’Art engendre l’Art sans conteste.

Le train repasse …

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir