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24 Juin 2018

Piniol

Bran Coucou

par Jean-Philippe Haas

Avertissement : de nombreux mots de cette chronique contiennent la syllabe « cul ». Allez savoir pourquoi. Vous pouvez les compter, si ça vous chante, mais il n'y a strictement rien à gagner.
PinioL. Derrière ce nom fleuri se cache la fusion de deux groupes lyonnais bien connus chez Chromatique - PoiL et ni. - qui pratiquent l'un comme l'autre une musique articulée autour d'un math rock fougueux et imaginatif. En mélangeant le tout, on obtient d'abord un bel anagramme, localisé très en-dessous de la ceinture, et ensuite un septette qui ne recule devant rien. En partie financé via le site de crowdfunding HelloAsso, Bran Coucou est le fruit miraculeux de cette association. On peut néanmoins se poser légitimement certaines questions. Que faire d'une paire de batteurs ? D'un duo de bassistes ? D'un binôme de guitaristes ? Est-ce ridicule ? Ou au contraire un poil culotté ? Le résultat est-il supérieur à la somme des talents ? Comment réussir à placer le mot « perpendiculaire » ?

Dès l'opercule retiré, on bascule dans le maelstrom percussif de « Pilon Bran Coucou » : un rock musculeux, épileptique, essentiellement instrumental quoique saupoudré de scansions répétitives et plus ou moins compréhensibles que les habitués de PoiL retrouveront avec plaisir. Malgré une certaine difficulté à saisir les paroles, des titres comme « Mimolle » ou « Orbite » ne laissent planer que peu de doutes quand aux concepts philosophiques développés, tandis que d'autres, aux noms plus ésotériques (« Pilon Bran Coucou », « François 1er ») nécessitent une imagination particulièrement développée. La durée déraisonnable de certains titres (« Shô Shin » culmine à près de quinze minutes, par exemple) et la truculence ininterrompue des musiciens rend l'ensemble assez exigeant. Il s'avère donc nécessaire de faire quelques pauses bien calculées pour venir à bout de la bête, à moins d'être dans une forme herculéenne et de s'enfiler d'une traite les soixante-huit minutes de cet ouragan sonique où PinioL pratique une musique unique et gesticulante. Breaks et contretemps sont à la fête, sans pour autant véhiculer des plans éculés ou démonstratifs.

Pas un album pour culs-bénis, donc. Piniol cultive l'humour, la folie et bouscule les codes, comme les formations dont il est issu. Bran Coucou est une belle déculottée sonore, capable de provoquer chez les plus fragiles d'entre nous un accident vasculaire cérébral. Il n'est guère étonnant dès lors qu'on retrouve la troupe au festival RIO de Carmaux en 2018, avec ses collègues de Chromb !, une autre bande remarquable de fous-furieux. (Tiens, d'ailleurs, les gars, il faudrait songer à fusionner aussi vos deux groupes. Nombril Chipo !, en voilà un nom qui en jetterait !).

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