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11 Juin 2018

Akua Naru

The Blackest Joy

par Alexandre Gombaud-Saintonge

Akua Naru est une artiste américaine ayant débuté tardivement sa carrière musicale. Après avoir quitté la Côte est des Etats-Unis pour Cologne en Allemagne, elle crée son propre label, The Urban Era, structure ayant servi de réceptacle pour se lancer. Après un premier album, The Miner’s Canary, salué pour son habile cross-over rap / jazz / soul, Akua Naru nous revient avec une nouvelle œuvre plus engagée et festive, The Blackest Joy.

The Blackest Joy semble une production contestataire où l’on s’attend à une énième dénonciation d’un racisme rémanent et sociétal. Pourtant il s’agit d’une œuvre festive rendant hommage à la culture noire dans sa totalité et sa diversité. Totalité d’abord, puisque l’œuvre évoque l’ensemble de la « black culture » au travers d’histoires et de récits personnels tels que «  Serena  », une ode et un encouragement au succès. Diversité ensuite, puisque ce projet né d’un voyage sur le continent africain couvre un large spectre d’influences. Ainsi, cohabitent des samples de conversations issues de son séjour à Lomé, d’extraits de speeches de James Baldwin et une inspiration nourrie aussi bien par Wu-Tang Clan et A Tribe Called Quest que Nina Simone.
Certes, des invités prestigieux comme Mulatu Astatke de la scène ethio jazz ou encore la chanteuse ougandaise Sandra Suubi subliment mélodiquement l’œuvre.
Mais The Blackest Joy n’est pas pour autant aseptisé et dénué de message politique. D’abord, l’artiste s’engage pour le féminisme, l’égalité et la tolérance. A titre d’exemple, Akua Naru dénonce la fétichisation du corps de la femme noire dans «  Black Genius  » : « twerk for me, get ratchet ». De plus, des titres plus intimes tels que «  My Mother’s Daughter  » replacent ce combat dans un contexte historique et personnel, i.e. l’histoire d’une femme afro-américaine au 21ème siècle. Enfin, «  Black Future nbsp;» conclue l’œuvre en rappelant que les causes des luttes passées, actuelles et futures ne sont pas toutes résolues.

The Blackest Joy est une œuvre qui s’inscrit dans un contexte politique bien particulier et pourrait être la transcription musicale de mouvements tels que « Black Lives Matter ». Malgré la gravité du sujet, Akua Naru parvient à nous faire sourire, rire voire pleurer. Ainsi, le spectateur devient à sa manière acteur d’une protestation d’actualité.

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