coup de coeur
11 Février 2018

Camembert

Negative Toe

par CHFAB

Deuxième et très attendu album (depuis 2011, date du premier LP) de la bande à Pierre, Guillaume, Valentin et compagnie. Nouveau répertoire et nouvelle formule à la clé, pour Camembert. Ou : on ne prend pas exactement les mêmes et on ne recommence pas vraiment, mais un peu aussi quand même... Qu'est-ce à dire? Alsace, nouvel autre pays du fromage? Euh... pas forcément, pas complètement... Bon, quoi alors?

Rappelons d'abord le jazz rock fusion symphonico prog et instrumental de cette formation superlative. Trio jazz, avec marimba, cuivres et harpe à l'appui, dont les circonvolutions humoristiques et éminemment musicales rappelleraient idéalement les créations les plus lumineuses et harmonieuses de Franck Zappa. Ah ouais quand-même ! Camembert avait donc ré-ouvert cette brèche, pas moins…

6 ans ont passé et Negative Toe, après quelques péripéties scéniques et discographiques, a fini par confirmer les nouveaux affinages initiés live au festival Crescendo de 2012, soit en les développant depuis, soit en intégrant ou permutant de nouveaux membres ou instruments... Vous suivez? Bref, on aborde déjà une généalogie à la King Crimson, Jethro Tull, ou autres Yes, alors que le deuxième album vient tout juste de sortir (la formation aurait même changé depuis !), mais lorsque le résultat est de cette teneur, on s'en réjouit bien fort, tant le disque ici présent est inspiré, de la première à la dernière note.

L'ouverture nous projette d'entrée dans quelque cosmos un rien inquiétant, mystérieux à coup sûr. Une couleur jusqu'ici inédite, d'autant qu'on en découvrira d'autres au fur et à mesure, l'émotion ayant été presque absente jusque là, tant le menu avait l'habitude de se disputer humour, truculence, turbulence ou envolée funky. Et c'est là tout le talent et la surprise de ce nouveau disque: la beauté, la délicatesse, l'émotion, parsèment son parcours, avec un ravissement réel. «  The Lament Of Pr. Frankenschnörgl » en témoigne magnifiquement, axe médian du disque, conviant de splendides vocalises masculino-féminines (bravo Lela Frite et Valentin !) et texte en anglais... Les douces montées de «  Fécondée Par Un Extra-terrestre » en disent tout autant que le final et diaphane «  El Pulpo », avec ses bruits de marine sous Tramadol... Le reste ne manque pas de dinguerie ni de mystère, ni de cette autodérision si présente jusque là. On constatera une pleine maturation de la musique, dont les arrangements et la mise en son (Udi Kumran) sont d'une telle limpidité qu'on croirait écouter un groupe diluvien, de ces époques où tout le monde s'intéressait à la très belle musique, celle qui proposait l'inattendu, l'ambition créative et l'aventure comme autant de vertus, en véritable idéal de vie. Camembert incarne tout cela. Inutile de préciser à quel point chaque participant apporte sensibilité et technique (les filles, super !), le tout dépassant très largement la somme des individus...Maturation, enfin, dans les compositions (ce sont les trois premiers cités en début de chronique qui en sont les géniteurs) dont la richesse harmonique, rythmique, séquentielle, et temporelle font montre d'une maîtrise vraiment remarquable.

Les plus réfractaires à la complexité rétorqueront que le sentiment de trop plein pourrait avoir raison de cette galette musicale. On saluera au moins leur cohérence, tout en les invitant à prendre un peu plus de risques, parfois, dans leur propre vie peut-être, puisque vivre, doit-on le rappeler, c'est déjà risquer (justement) de mourir moins vite...

Au moins, avec Camembert, passer le temps aura l'air d'une fête. Une fête belle, longue, pleine et accessible, et ça autant de fois que vous le souhaiterez. Vous en avez de la chance... Non? Si.

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