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05 Février 2018

Louis Minus XVI

De Anima

par Jean-Philippe Haas

Louis Minus XVI est un quatuor lillois composé d'une paire de saxophones turbulents, d'une batterie qui mitraille et d'une basse épaisse et itérative. Ces messieurs n'en sont pas à leur coup d'essai puisque De Anima fait suite à plusieurs autres réalisations dont un premier album en 2011, Birds & Bats. Trois gros titres et une petite parenthèse composent cet EP aux thèmes répétitifs, entêtants, où l'expérimentation et l'improvisation ne sont pas les derniers invités. «  Lustig Traurig  » («  Joyeux Triste  », dans la langue de Goethe), ouvre le bal sur neuf minutes de montée ininterrompue où les saxos, d'abord sagement à l'ombre de la section rythmique, prennent petit à petit de l'ampleur puis franchement le dessus, avant de se jeter corps et âmes avec leurs deux amants dans un final orgiaque. Au terme de ce tourbillon échevelé, le bref «  Violence Gratuite  » est tout sauf un interlude destiné à reprendre son souffle, plutôt une prolongation de la furie, un concert de pépiements et de klaxons joué à l'intérieur d'une machine à laver en mode essorage. Ce n'est qu'après ces premiers pilonnages massifs que le disque prend une autre tournure, plus calme dans un premier temps, avec «  I want you Lemchaheb  » (on suppose une forme d'hommage au groupe marocain des années soixante-dix) : à pas de velours, lascivement, des motifs afro-jazz se développent jusqu'à une apothéose à la Sun Ra. Puis un funk brutal déployé par le duo basse/batterie accueille sur «  Une certaine dose de Tendresse  » une discussion très animée entre les deux saxophones, soufflant le chaud et le froid en guise de clôture. Inutile donc de préciser que De Anima est un disque radical, exigeant ; mais s'il ne souffre aucune distraction, il se révèle aussi plein de promesses pour qui aime se retrouver dans la tourmente instrumentale.

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