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23 Janvier 2018

Odessey & Oracle

Speculatio

par Julien Giet
dans

Vous souvenez vous de la sensation que l'on éprouve lorsqu'on ouvre une boîte à musique? Êtes-vous sensible à l'onirisme qui se dégage du petit carillon métallique et mélancolique répétant inlassablement une boucle musicale? Alors il se peut que vous ayez ouvert la bonne chronique … De ses arrangements aériens et atmosphériques à sa voix innocente et enfantine déclamant ses textes à la manière d'Harmonium, la formule Odessey & Oracle a de quoi surprendre. Le décalage entre la voix cristalline et féerique et certaines paroles curieusement pragmatiques dénonçant les travers de notre société (alors qu'on aurait pu s'attendre à des récits fantastiques mettant en scène des elfes ou des nains tant l'inspiration médiévale pourrait s'y prêter) donne un cachet particulier à Speculatio. Tantôt lancinante, tantôt monocorde, la voix apporte un aspect mystique et pure: c'est simple, tout au long de l'écoute, on voit le monde à travers les yeux d'un enfant; parfois émerveillé, parfois dérangé. La production trouve un juste équilibre entre les arrangements à la fois fouillés et minimalistes tandis que le traitement de la voix de Fanny L’Héritier est toujours impeccable, renvoyant parfois aux sonorités délicieuses du premier album d'Emilie Simon. Le son est organique au point de sembler vivant par moments. Les passages les plus planants tels «  l'Horizon Tombe  » ou «  Grand Autodafe  » rappellent les plus belles heures de AIR ou de Electric Light Orchestra dans la légèreté. Le solo de voix pouvant se confondre avec des trompettes joyeuses sur «  Sunflowers  » prend le pari pop anglaise des années 60 («  Penny Lane  » des Beatles en ligne de mire). Certaines compositions instrumentales peuvent faire penser à de la musique de jeu de rôle japonais (le couplet de «  J'ai vu un Croco  » par exemple, donne l'impression de se balader au bord d'une rivière dans un cadre des plus bucoliques, alors que le texte parle de corruption). D'une manière générale, l'univers sonore mystérieux de l’œuvre ne déplairait pas à Danny Elfman.
Le plus étonnant dans tout ceci est que rien ne sonne comme du déjà entendu et que, malgré un panel d'influences allant de la brit-pop en passant par la musique baroque et les sonorités trip-hop, l'album conserve dans son intégralité une cohérence hypnotique. Speculatio est unique en son genre. Il est de ces albums qu'on aime écouter pour se ressourcer ou pour faire une pause le temps d'un instant. Exactement comme lorsqu'on ouvre une boîte à musique...

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