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24 Août 2017

Paul Draper

Spooky Action

par Florent Canepa

C’est peu dire que l’histoire de Paul Draper est faite de zigs et de zags, de malheurs mais aussi d’heures de gloire éphémères. Le Britannique s’est illustré au sein du quatuor très pop Mansun qui, coincé entre la vague post-grunge et l’avènement R’n’B, n’a pu survivre qu’une petite décennie.

Mettre en marche Spooky action, c’est vouloir plonger dans une temporalité autre, celle de la pop de New Order (« Things people want », premier extrait) ou celle plus brit et brute de Stones Roses (« Don’t poke the bear »). L’équipe de Kscope est tombée amoureuse de cette facétie anachronique et laisse enfin sa chance à l’artiste en mode solo. Très peu progressives mais paradoxalement alambiquées, les créations nébuleuses de Paul Draper font écho aux heures musicales insouciantes des années quatre-vingt tout en offrant la dose de malaise et de mal-être inhérente à notre époque postmoderne. Tel un Martin Gore underground, l’artiste pose sa voix protéiforme et séduisante sur un songwriting vraiment personnel.

Les bidouillages électroniques donnent le mouvement et sculptent un paysage décharné et pourtant opulent, la production étant très anguleuse. Le panégyrique d’émotions qui ont accompagné la découverte des Smiths, Depeche Mode ou Erasure vient frapper de plein fouet l’auditeur hagard. Rien n’est pas parfait (« Can’t get fairer than that », comme une chute de studio de Bernard Sumner) mais comme le disait si bien Leonard Cohen, c’est par les failles que passe la lumière. Il ressort de l’expérience l’impression que l’homme a bricolé un disque qu’il voulait vraiment sortir (et même depuis longtemps), un disque pour se faire plaisir, peut-être encore plus que pour faire plaisir. « Feeling my heart run slow » démarre comme Gary Numan et explose dans un refrain digne de Duran Duran. « The Inner Wheel » passe Blur et The Mission à la moulinette. L’ensemble, riche, officie comme un monument à la gloire du post-punk électronique. Les morceaux s'enchaînent mais ce n’est pas la nostalgie qui s’installe. Plutôt l’admiration suscitée par un genre qui fulmine ici sous un jour nouveau.

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