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09 Août 2017

Anathema

The Optimist

par Florent Canepa

Voilà peut-être le débat de l’année. Pas du genre exalté ou enflammé, non, un débat flegmatique. Presque dépassionné. C’est celui qui a animé – à défaut d’agiter – l’équipe de Chromatique face au dernier album des Britanniques d’Anathema. Ana_Thema, pour être exact, car même la nouvelle écriture du groupe semble trahir l’envie d’en finir avec l’héritage. En finir avec l’étiquette doom, l’étiquette gothique, l’étiquette alternative. Mais que fait donc Anathema aujourd’hui ? Et est-il encore légitime dans nos colonnes ? L’expectative vous vaut, cher lecteur, de recevoir ces lignes très tardivement…

L’histoire commence sur un mode familier. « Leaving it behind », au démarrage électronique, fait penser aux glorieuses heures de A Natural disaster et laisse place dès la deuxième minute à des effluves atmosphériques rock plutôt réussies. Mais cette embolie va s’arrêter net. Autant le dire tout de suite : l’instrument que vous entendrez le plus sur The Optimist est le piano. Mélopées, martèlements légers ou nappes vaporeuses : c’est lui qui vous initiera au nouvel Anathema. On le savait déjà depuis quelques temps et quelques albums, le groupe souhaite écrire une page plus accessible de son histoire, à l’image en son temps et dans un autre registre de Linkin’ Park et suive qui voudra et pourra. Dans ce contexte, la voix de Lee Douglas sonne presque comme celle d’Amy Lee (« Endless ways », symphonique sympathique mais déjà vu) et celle de Vincent Cavannagh ne mordra plus.

Au fur et à mesure, un sentiment amer s’installe. Non pas parce que c’est mauvais, mais parce que l’on a l’impression d’avoir connu tellement mieux. Tellement eux. Comme certaines langues facétieuses de l’équipe se plaisaient à le souligner, on a vite l’impression d’écouter le dernier album d’Archive. Il n’y a finalement rien de mal à cela, les compatriotes londoniens ayant eu le mérite d’avoir su mêler cultures rock, électronique et trip-hop. Mais la bande de Liverpool perd à ce jeu et construit ce qui ferait une tout juste honorable synchro cinématographique (« San Francisco », comme La Ritournelle de Sébastien Tellier). « Springfield » s’enlise dans un propos monotone, « Ghosts » se digère comme un titre de London Grammar ou l’émotion fait défaut et « Can’t Let Go » sonne comme Tears for Fears et donne plutôt envie de réécouter Songs From The Big Chair. Lorsque l’on nous demande de « Close your eyes », on croit entendre Fiona Apple ou Hooverphonic. On s’essaye gentiment aux beats expérimentaux mais Radiohead, plus ambitieux, est déjà passé par là (« Wildfires »). En point d’orgue ou chant du cygne, « Back from the start » et son post tracking inutile mais vintage, semble faire le constat anxiogène que les fans ne suivront pas ou si peu (« They don't understand cause they don't talk for me »).

Dramatique, The Optimist est paradoxalement une bande son presque pessimiste au cours de laquelle on se demande quelle sera la suite et si, nous, auditeurs, feront encore partie de l’histoire. L’histoire musicale, souvent capricieuse, rendra justice - peut-être - à cette tentative. Mais nous, nous ne sommes pas encore prêts à dire adieu à ce que l’on aimait vraiment. Anathema qui ne voulait pas d’étiquette a inventé un genre nouveau : le ghost rock… Et le fantôme d’un groupe que l’on vénérait plane toujours.

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