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10 Juin 2017

Isildurs Bane & Steve Hogarth

Colours Not Found In Nature

par CHFAB

Sur le papier, ça résonnait comme une blague, ou une mauvaise nouvelle pour certains, tant les deux univers ici conviés se télescopaient, entre le parcours remarquable, rare et exigeant, sans cesse innovant du projet Isildurs Bane, interrompu en 2005 et la carrière un brin balisée de Marillion (on ne se fera pas que des amis avec cette remarque). Même musicalement tout semblait les opposer, avec d'un côté la dimension viscéralement analogique, acoustique, rock de chambre et jazz du combo suédois (bois, cuivres, cordes à l'appui), et de l'autre les collages émotionnels, les alliages pop, les nappes de synthé omniscientes et les mélopées onctueuses du quintette anglais... Une chose donnait cependant espoir : l'intransigeance, l’ambition et l’exigence de Mats Johansson, claviériste et compositeur d'Isildurs Bane. Voici un projet formé dès 1976, comptant jusqu'à aujourd'hui 10 albums, dont celui-ci. Littérature, peinture, sculpture, arts plastiques et expérimentations sous tendent sa musique, très majoritairement instrumentale (à part Mind Volume 4) . On ne présentera pas ici le parcours du Marillion époque Steve Hogarth, tant sa popularité et sa musique aux atours fédérateurs ont su toucher un public particulièrement conséquent et fidèle.

Pour l'anecdote, Mats Johansson et Hogarth se sont littéralement rencontrés sur scène par l'intermédiaire de leur ami commun, Richard Barbieri (Japan, Porcupine Tree), alors qu'ils partageaient la même affiche en 2013.

Autant gagner du temps en affirmant sans plus attendre que cette rencontre est une excellente surprise, l’'un tirant l'autre vers le haut. Entendre Hogarth transcendé par l'infinie délicatesse des compos et arrangements suédois, et découvrir inversement la musique d'IB traversée par la voix si exceptionnelle (ici retenue et sobre) et les mots du chanteur de Marillion est un grand plaisir. Imaginez le tout flirtant avec Zappa pour un symphonisme rythmé et charpenté divinement (surtout dans les deux premiers morceaux, ainsi que le dernier du disque), illuminé par les vibraphones, violons, trompette, sons analogiques et consorts. Un morceau rappelle particulièrement le groupe d'Hogarth, « The Love And The Affair », à la trame harmonique très « marillionnesque », et par ailleurs le morceau le plus long de l'album. Il faut dire que Johansson a pensé tout le disque avec Hogarth en tête. A l'écoute de cette pièce, quelque chose frappe à l'évidence, c'est le besoin de renouvellement sonore des derniers Marillion, dont les sempiternelles nappes, aux habillages electro new age un brin précieux ont fini par saturer et systématiser le paysage. Ici, la présence d'instruments orchestraux réels, les interventions mélodiques variées et le moindre solo de guitare balayent d'un simple revers toute tentative de comparaison, plaçant la Suède très largement en tête.

C'est bien simple, Colors Found In Nature est le meilleur album que Marillion ait pondu ces 20 dernières années!... Passé ce trait d'ironie un rien provocateur, force est de reconnaître la pertinence et la fraîcheur absolue de ce nouvel alliage, bien au dessus des précédentes collaborations et expériences solo du chanteur, et dont on espère à grands cris que ce ne sera pas éphémère. Mieux encore, on se pique de regretter que l’album soit si court (41 minutes)! Avec également le souhait tout aussi ardent que tout cela déteigne et oriente la bande à Hogarth vers des horizons plus vivifiant, ceci ne concernant, bien sûr, que les attentistes... Au final, célébrons soit une très belle découverte, soit une nouvelle étape pour Isildurs Bane.

Bravo.

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