coup de coeur
05 Juin 2017

Accordo dei Contrari

Violato Intatto

par CHFAB

Quatrième livraison pour ce quatuor transalpin formé à Bologne en 2001, au style jazz rock, prog instrumental nerveux et inventif, qui a fait déjà parler de lui dès le premier album (Kinesis, 2007). Ceux qui les ont vus au festival Crescendo en 2014 ne démentiront pas le talent et la remarquable aisance de ses musiciens. On les imagine d'emblée cousins d'Area, une référence certes écrasante, annoncée indépassable, mais s'avérant tout à fait justifiée tant le niveau est là. Giovanni Parmeggiani est le claviériste et principal compositeur du groupe. Son arsenal est un rêve pour tout amateur de sons vintage. Rhodes, Moog, Hammond et ce qui s'ensuit, assaisonnés d'effets très électroniques, comme c'est particulièrement le cas sur ce disque. Le reste des instrumentistes, comme évoqué plus haut, est impressionnant, guitariste en tête. Section rythmique de feu. Bref, tout ça mérite une découverte imminente, si ce n'est déjà fait.

Au risque de paraître répétitif, Violato Intatto est une réussite totale. Et même s'il est difficile de classifier la discographie des Italiens, majoritairement homogène, on s'avancera à déclarer cet opus comme étant le plus progressif, le plus modern rock, le plus construit, et le moins jazz finalement de leur carrière.

Les onze plages de cet album semblent frappées du sceau de l'éclectisme, conviant tensions, impulsivité, apaisement ou fascination. On y traverse toutes sortes d'ambiances, souvent rageuses (on y retrouve King Crimson dans ses écarts de notes, ses accords grinçants, ses entrelacs), mais sachant régulièrement se retenir, voire planer sévère, entre psyché, kraut, voire folk, enfin abordant des eaux davantage symphoniques (le mellotron y apparaît!). Le son d'ensemble est toujours là, puissant, précis, inventif souvent grâce aux claviers. Contrastes, ruptures, constructions davantage élaborées, pour un menu s'éloignant des classiques digressions solistes sur schéma annoncé. Voilà donc de quoi attirer encore plus d'amateurs.

Exit la basse, ce qui ne se laisse même pas sentir (!), et pour agrémenter ce plaisir de chaque instant, ont été conviés un saxophoniste, un chant féminin le temps d'un morceau (une première), ainsi que le violoniste de Deus Ex Machina (!). Le rapprochement avec le combo pré-cité ou Mahavichnu Orchestra (au hasard) s'arrête là, tant l'essence d'Accordo Dei Contrari se suffit à elle-même. Achevons en mentionnant que la cover de la pochette, ainsi que le design général de l'album, ont été exécutés par Dario D'Alessandro, peintre et infographiste (donc) en plus d'être le générateur de l'excellent Homunculus Res (Altrock).

Violato Intatto (traduisez par "violé intact", oxymore représentatif de l'esprit du groupe, dont chaque membre est porteur d'univers, au risque d'une opposition à celui de ses partenaires) est une réussite de bout en bout, ouvrant un peu plus ses bras vers des velléités progressives, et toujours avec une certaine exigence bienveillante. Bref, l'Italie confirme à nouveau une certaine suprématie sur le paysage vintage prog actuel, dont ce disque représente une indéniable pierre angulaire. Il ne manquera pas d'attirer de nouveaux passionnés pour un certain rock progressif de très haute qualité.

Indispensable.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir