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23 Avril 2017

Karda Estra

Infernal Spheres

par CHFAB

Karda Estra, projet protéiforme anglais emmené par le multi-instrumentiste et principal compositeur Richard Wileman, développe depuis déjà 1998 une musique tout à fait personnelle, hors des sentiers battus (entendez mainstream), aux accents particulièrement capiteux et évocateurs, dont la toile de fond serait autant de films mentaux. Puisé dans le classique, les musiques de l'Est et le rock en général, cet ensemble déroule à chaque disque une narration souvent proche de l'intime, livrée à l'imaginaire de chacun. Cinématographique serait le terme qui semble convenir le plus immédiatement, et dont on ne cessera de saluer l'immense talent. En voici donc déjà le quatorzième album.

Infernal Spheres propose un paysage particulièrement onirique, malgré son titre, s'appuyant sur un symphonisme magnifiquement délicat, où le jazz et la fusion le disputent au neo-classique, et ce avec un même bonheur, exprimant encore une fois à quel point les genres se sont littéralement interpénétrés les uns les autres. Ici, plénitude et contemplation guident tous les discours, et c'est une fois de plus vers le ravissement et l'extase qu'on nous emporte...

Hautbois, clarinette, cor anglais, trompette, violon, trombone, clavecin, piano et nappes d'orgue électrique ou acoustique (religieusement choisis !) sont au menu, versant dans des sentiments évoquant les harmonies fin 19ème-début 20ème, entre flânerie et inquiétude. On y trouvera assez peu de batterie (« The Fermi Paradox », « Solar Riviera », « Free Fall On Tyche ») et à peine quelques discrètes et incertaines apparitions de guitare, la plupart du temps planantes. Quant à une basse, pas sûr d'en voir la couleur. C'est dire que le rock est ici sinon absent sous-jacent du moins, et dont la particularité électrique n'en sera que mieux fondue dans les accords tenus et atmosphériques de cette musique de chambre. On pensera particulièrement à certaines oeuvres télévisées françaises des années 70, dont ce disque pourrait être la bande originale idéale... Inventivité, relief, choix précieux des tons et couleurs, l'art ici présent s'avère des plus consommés...

Karda Estra touche au coeur, une fois n'est pas coutume, à l'âme, au plus profond de nous-même, alliant beauté rêveuse, introspection et étrangeté, déroulant une tapisserie magnifiquement soignée, colorée et passionnante, fluide assurément. Loin d'être une déclinaison de la muzak (musique d'ascenseur) passe-partout, les plages apparaissent au fur et à mesure comme de véritables trésors, invitant au calme et à une certaine distorsion temporelle. Deux vertus s'avérant absolument indispensables, en ce siècle d'efficacité et de rentabilité à tout-va... A consommer donc sans la moindre espèce de modération.

Splendide.

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