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10 Avril 2017

Aranis

Smells Like

par Jean-Philippe Haas

Peut-on imaginer deux genres plus différents que le rock alternatif grunge de Nirvana et la musique de chambre raffinée et expérimentale d'Aranis ? Difficilement. Pourtant, les amateurs de musiques progressives sont bien placés pour le savoir, ce rapprochement n'est pas de nature à effrayer un groupe un tant soit peu audacieux et fan qui plus est de la bande à feu Kurt Cobain. Le vingt-cinquième anniversaire de Nevermind était une occasion trop belle pour être manquée de rendre hommage à l'emblématique bande d'Aberdeen, WA.

Il est toutefois nécessaire d'avertir préalablement ceux qui – fans de Nirvana et/ou d'Aranis – s'attendraient à trouver sur Smells Like des reprises acoustiques formellement respectueuses de leurs aînées, et finalement un peu dénuées de personnalité comme le sont celles d'Apocalyptica une fois passée la surprise : cela reviendrait à ravaler ce disque au rang de simple curiosité à la durée de vie plus qu'éphémère. Non, le quintette belge n'est pas du genre à donner dans la facilité, fût-ce pour reprendre des chansons que bon nombre de quadras connaissent par cœur. Pas question néanmoins de faire fuir le premier venu : bien que joués à la contrebasse, au violon, au piano, à l'accordéon et à la flûte, les trois titres qui ouvrent Smells Like - à savoir « Polly », « Something In The Way » et « Lithium » - sont plutôt reconnaissables malgré les digressions et quelques prises de liberté avec les originaux. Ce n'est pas tout à fait la même limonade concernant « Smells Like Teen Spirit », qui se voit garni d'une déroutante introduction avant de regagner ses eaux territoriales. Il en va de même pour le titre de David Bowie « The Man Who Sold The World », repris par Nirvana sur le désormais culte MTV Unplugged in New York. Tous ces remaniements et rebondissement sont aussi inattendus que réjouissants ; ici on retrouve la voix de Cobain derrière l'accordéon de Marjolein Cools, là on reconnaît une ligne de Novoselic par la contrebasse de Joris Vanvinckenroye ou le piano de Pierre Chevalier. Si certaines relectures restent dans les clous (« About A girl », « Heart Shaped Box », « Lounge Act »… ) et d'autres un peu moins (« Rape Me », « Been A Son »…), elles ressortent toutes de la moulinette wallonne avec un supplément de grâce, à défaut de posséder l'immédiateté des originaux. L'esprit originel n'a toutefois pas totalement disparu, malgré l'absence de chant et des réinterprétations moins sombres, parfois virevoltantes ou presque champêtres. Sous-jacents, la mélancolie et le cynisme de l'œuvre des Américains ne sont ainsi jamais très loin, sous les enluminures chatoyantes. Mais Aranis ne pouvait pas se contenter d'arranger les créations d'un autre : quatre compositions originales, baptisées « SLA » ont donc été insérées de façon si parfaite qu'une oreille non initiée ne ferait aucune différence entre celles qui sont des reprises et celles qui n'en sont pas.

Finalement, plus qu'un hommage à Nirvana, Smells Like s'apprécie comme un album d'Aranis où on percevrait, au fil de l'écoute, au milieu d'une luxuriance acoustique, des mélodies familières, des airs connus, petites madeleines de Proust au goût de nostalgie.

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