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31 Janvier 2017

Light Coorporation

64:38 Radio Full Liv(f)e

par CHFAB

Cinquième publication pour ce quintette polonais, proposant autre chose que du néo progressif à la Collage ou une énième déclinaison de Porcupine Tree. On navigue ici dans des eaux bien plus troubles, poisseuses, avant-gardiste et donc aventureuses que chez leurs nombreux compatriotes. Le fond expose l'élégance du jazz, assurée par la batterie volubile et magnifiquement subtile de Milosz Krauz, celle-ci secondée par Krzysztof Waskiewicz à la basse (solide et inventif), et dont les convives s'adonnent à un travail de nourriture constante, qui à la guitare jazz rock de Mariusz Sobanski (le capitaine du groupe, responsable de toutes les compositions à ce jour), qui au saxophone, absolument envoûtant, de Pawel Rogoza, qui enfin au vibraphone dosé et pertinent de Mariusz Gregorowicz. Jazz on vous avait dit. Pourtant, avec eux, on est bien loin des influences standard avec des harmonies classiques, loin s'en faut... Ces Polonais-là ont surtout choisi d'en exploiter la fibre free, que ce soit pour les soli, improvisés évidemment, mais également pour les compos elles-même, qu'ils semblent littéralement inventées sur place. C'est peut-être la qualité suprême de cette formation : vous donner l'impression divine que tout est en train de se faire ; ça flotte, ça hésite ou ça s'emballe, ça avance prudemment jusqu'à gagner de l'assurance et enfin tout emporter sur son passage. C'est de la défriche avec une liberté absolue, tout en plantant un sacré drapeau à chaque station... A chaque album, chaque plage, Light Coorporation met un pied sur la lune, pas moins...

64:38 Radio Full Liv(f)e ne déroge pas à cette règle, proposant ce qui semblerait être une série de travaux joués en live (mais de toutes façons chez eux il n'y a jamais la moindre espèce de retouche en post production, ou du moins ça n'est jamais perceptible) dans ce qui fut et demeure le temple du jazz polonais, prodiguant d'absolues merveilles durant les années soixante et soixante-dix, et dont on ignore encore la portée historique, pour cause de guerre froide. Cette séparation autant politique que psychologique et culturelle, qu'on se le dise, nous priva d'une bonne moitié du génie musical de cette époque, tout autant en terme de jazz (la sublime collection Polish Jazz Serie en témoigne encore) que de progressif. Qui sait encore aujourd'hui combien le bloc de l'est fut productif, surpassant ou égalant parfois les ténors britanniques? Une lacune qu'il faudra combler un jour pour nous, citoyens de l'ouest, dans ces lignes ou ailleurs...

Visiblement, deux types de prises sonores ont été effectués, l'un sur console (table de mixage), à la mise en espace magistrale, stéréo, ample, élaborée, définissant parfaitement chaque instrument dans le paysage, et l'autre prise effectuée dans la salle, avec un son plus mat, mais de très bonne tenue, où tous les instruments proviennent de la même source, se chevauchant un peu. Ce disque a choisi l'alternance, passant d'une prise à l'autre. Un choix qui peut s'avérer discutable pour les uns ou intelligent pour les autres, ce sera selon. Quoi qu'il en soit, on y découvrira une réinterprétation de morceaux issus des premiers et troisièmes albums, en plus d'improvisations totales. Bien malin celui (ou celle) qui saura distinguer l'un de l'autre, tant l'impression de la découverte est perpétuelle, le mouvement passionnant et les plaisirs certains. La palette est plus large qu’il n’y paraît, empruntant tout autant au psychédélisme, à la fusion, qu’à la frange progressive la plus mature, privilégiant la recherche d’ambiances et harmonies composites. Light Coorporation offre quelque chose de rare : l'envie d'aller de l'avant, avec une certaine confiance en l'inconnu. Une certaine subversion, au final, compte tenu de l’air ambiant, entre un nouveau président Trump pétri de certitudes et une Europe obnubilée par les statistiques....

Studio, scène, concert sans public, disque, l'aventure vivante de Light Coorporation n'en finit pas d'abolir toutes ces frontières, s'adonnant depuis déjà 2007 à ce qu'on peut aisément qualifier de magie sonore. Amoureux de jazz ténébreux, d'inventions et dialogues perpétuels, d'expériences, ce disque et ce groupe seront pour vous, de chaque instant.

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