coup de coeur
14 Janvier 2017

Pain of Salvation

In The Passing Light of Day

par Florent Canepa

Lorsque l’on évoque le cas Pain of Salvation, un mélange d’excitation et d’amertume s’installe. Qu’y-a-t-il aujourd’hui de commun entre la spontanéité suédoise explosant vingt ans plus tôt et la machine réfléchie aujourd’hui au service d’un seul homme ? Daniel Gildenlöw, démiurge fantasque, seul rescapé et auto-proclamé autocrate d’une idée qui s’est perdue en chemin. Même si l’on pardonne en soupirant les efforts seventies et les amplis crachotant le vintage des dernières routes, il faut bien avouer que nous avons, nous autres fidèles de la première heure, quitté le navire depuis Remedy Lane (l’auteur de ces lignes, omettant Be et ajoutant en réalité Scarsick car il semble important de rendre un petit hommage à cette protubérance polymorphe mais enthousiasmante).

Alors qu’espérer du groupe, surtout au vu d’une pochette au graphisme pataud mettant en scène ledit monarque, d’une histoire censée servir de catharsis post-traumatique à l’auteur et à l’écoute d’un premier extrait littéralement volé au guitariste qu’il a récemment accueilli en son sein ? En réalité, beaucoup de choses. Et c’est l’heureuse nouvelle qui tombe en forme de trépidation auditive. Oui, Pain of Salvation polit son blason, redonne envie et commence fort dès la glorieuse ouverture, violente, saccadée et mélodieusement imparable. Certains accents de l’album sont parfois moins convaincants (le quasi country métal « If this is the end »), mais le ciselage, titre après titre, ne fait qu’enfoncer le clou. The Passing Light of Day se lit comme une sortie du tunnel.

On retrouve ce qui faisait le brio originel du groupe : les brusques irrégularités rythmiques (« Full Throttle Tribe »), les soli ravageurs (« Angels of Broken Things ») et riffs incandescents, les martèlements vocaux ponctués de déchirements (« Reasons »), la reprise, çà et là, de thèmes forts qui font vivre l’œuvre comme un concept, sans la rendre trop indigeste non plus. La production solide, assumée métal, renoue avec le PoS d’antan, tout en offrant plus de clarté et de simplicité. Finies les tentatives de réfléchir une époque qui n’est pas la sienne, ici c’est le présent couleur sombre qui s’exprime. Les claviers disparaissent au profit de guitares définitivement assumées comme un nouveau duo : Ragnar Zolberg, éphèbe islandais glam et transfuge du groupe Sign (auteur donc de « Meaningless », ici regonflé à bloc) est un nouveau rouage du mécanisme, une nouvelle pièce maîtresse vocale et six cordes, comme l’était en son temps Johan Hallgren.

Le demi-dieu Gildenlöw aurait-il décidé d’ouvrir un peu les entrailles de sa créature ? En auguste patron de PME progressive, il donne le pouvoir - avec parcimonie tout de même - à ses salariés. Certes, le cerveau, le créateur de chaque recoin musical, l’instigateur des maquettes, l’esprit des arrangements, la direction, la prise de parole sont encore son fait. Mais, on ressent un peu plus une anatomie plurielle qui agit comme un électrochoc sur une bête moribonde. Le tout est haletant, convulsif, jouissif. Jusqu’au paisible puis triomphal final éponyme déployé sur un quart d’heure. Comme si l’homme qui avait échappé à la mort (Daniel Gildenlow a souffert d’une sérieuse infection bactérienne; celle-là même qui avait emporté le guitariste de Slayer, Jeff Hanneman, en 2011) avait par la même occasion donné à son groupe une nouvelle vie. 2016 fut une année effroyable, 2017 commence définitivement sur une note d’espoir…

Commentaires 

#1 _Ancestor_ 16-01-2017 15:04
Très chouette chronique ! ;-) Un album magistral qui renoue avec le passé tout en étant totalement moderne : carrément exaltant ! :-)
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