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09 Janvier 2017

Ozma

Welcome Home

par Jean-Philippe Haas

« Untel franchit avec cet album une nouvelle étape »; c'est le genre de phrase passe-partout et inoffensive qu'on trouve régulièrement dans la presse spécialisée. Mais voilà, il faut avouer que cette formule toute faite s'applique parfaitement à Ozma. D'une part, les Alsaciens pointent à présent chez Cristal Records et sont distribués par Harmonia Mundi, ce qui n'est pas rien. Par ailleurs, Welcome Home, marque le retour « à la maison » du tromboniste Guillaume Nuss, qui a fait partie du groupe sur ses trois premiers albums (Ozma, Electric Taxi Land et Strange Traffic). Trois des membres originels sont donc réunis sur ce sixième disque dont le visuel à lui seul donne envie de l'acquérir (et fait regretter par la même occasion qu'il n'existe pas de version trente-trois tours). On peut ajouter que le duo de composition Édouard Séro-Guillaume (basse) / Stéphane Scharlé (batterie) n'a jamais été aussi complémentaire et laisse une grande latitude aux deux « nouveaux » (Julien Soro, saxophones et Tam de Villiers, guitare) sur disque comme sur scène. Mais laissons de côté la dithyrambe pour se plonger dans le vif du successeur de New Tales.

Ozma appartient à cette nouvelle génération du jazz français qui pioche ses influences bien au-delà de sa sphère musicale. Véritable auberge espagnole, Welcome Home mêle un jazz moderne et accessible à des références issues du rock, des musiques progressives, voire du hard rock. Délicieusement rythmé, « Krefeld mon amour », en hommage à l'un des lieux de passage réguliers de la bande chez nos voisins germains, joue sur les dialogues animés entre le trombone de Guillaume Nuss et le saxophone de Julien Soro. Ces échanges sautillants font l'une des caractéristiques de la musique d'Ozma, que l'on retrouve par exemple sur « He Saved The Girl (Once Again) » et sa seconde partie quasi disco. Mais le groupe sait aussi rouler des épaules et montrer ses muscles. Dès « Electric Lament », on sent venir quelques énervements, des passages à 220 volts nourris par la guitare de Tam de Villiers. Un groove viril apparaît ainsi en pointillé tout au long de l'album, et particulièrement sur le presque heavy « Goldi Boldi ». On soupçonne le duo Séro-Guillaume / Scharlé de faire en douce des infidélités au jazz avec des formes de musique plus chevelues. Pour autant, il ne délaisse pas la légèreté ; quelques titres moins denses comme « Flat Tire at Durban Market » et « Cashmere Weekend » permettent aux vents d'exprimer des thèmes plus déliés et à la guitare d'emprunter des voies aériennes.

« Diversité » est donc un adjectif qui colle à merveille aux dix compositions de Welcome Home, album à la fois énergique et délicat, lisible et sophistiqué. Contrairement à l'infortunée demoiselle de la jaquette, Ozma ne remonte pas en selle pour mieux se prendre une gamelle mais pour réussir un retour en grande pompe.

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