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30 Décembre 2016

Gösta Berlings Saga

Sersophane

par CHFAB

On le sait, les sorties ne sont pas pléthoriques chez les groupes nordiques... C'est même une des caractéristiques de l'école scandinave, comme ce son très vintage (fin des années 60 / début des années 70), et cette fusion immédiatement reconnaissable entre new jazz, acid et psyché prog, zeuhl, symphonique, et rock d’avant-garde. Gösta Berlings Saga en est l'un des plus récents représentants, passé la vague du renouveau (les années 90), et indubitablement le fer de lance actuel. Imaginez donc leur mélancolie boréale en boucles, couplée à une tension digne des groupes les plus retors (Guapo, Elephant 9, Jagga Jazzist, King Crimson, Änglagård)... Inutile donc de cacher l'excitation compulsive que procure l'arrivée de ce quatrième opus, dix ans (déjà!) après le premier chapitre. On avait quitté Glue Works (2011) dans les meilleures dispositions possibles, encore tout réminiscent d'hypnose disjonctée, basse fuzz et Rhodes foudroyés à l'appui, juste au bord d'une certaine folie. On se souvient également des constructions alambiquées mais très savamment mélodiques, et de la liberté totale dont le groupe a fait preuve jusqu'ici.

Sersophane apparaît pourtant comme un peu en marge (l'avenir le dira) de ce que propose Gösta Berlings Saga d'habitude. Son inspiration devient plus mélodique, plus apaisée, plus en retrait diront certains, avec un penchant assez marqué pour un progressif symphonique classique, évoquant parfois le Genesis du milieu des années 70, voire Pink Floyd (« Fort Europa »). Des références plutôt surprenantes pour qui suit et apprécie les caractéristiques profondes du quatuor. Cela débute comme un Anekdoten énergique de dernière mouture, un brin consensuel, juste efficace. Un autre morceau court assez anecdotique jalonne le milieu de l'album, ajoutant un peu de perplexité. La suite, le morceau-titre, sommet du disque, renoue avec les tonalités inquiètes et obsessionnelles du quatuor, une batterie presque maladive de précision, basse vrombissante de rigueur, tricotages tendus de guitares, énergie et beauté harmonique, final sublime, bref, plaisir à son maximum. « Channeling The Sixth Extinction » est la pièce de résistance, une pièce hypnotique à souhait, dans ses boucles acid zeuhl éprises d'arpèges « frippiennes », sorte d'afro beat glaçant, azimuté. Un morceau à espérer sur scène. L'album s'achève sur une minute de guitare classique d'une splendeur diaphane du meilleur effet, enfonçant encore un peu plus le clou de l'hommage au prog de l'âge d'or. Et déjà la séance ferme (moins de quarante minutes), laissant, pour une première écoute, un peu sur sa faim. Ce sentiment s'estompera un peu cependant, après réécoutes successives.

Pour conclure, ce disque prend le risque de diviser, offrant une couleur plus généraliste, plus consensuelle, susceptible de plaire davantage aux uns, ou bien, au contraire, égarant quelques fans de la première heure. Il reste quoiqu'il en soit une excellente entrée en matière pour qui veut découvrir ce groupe d'exception. La suite confirmera ou non cette orientation, en espérant ne pas trop devoir patienter.

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