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27 Décembre 2016

Opeth

Sorceress

par Raphaël Dugué

Annoncé en 2016, Sorceress est le troisième album d’Opeth faisant suite au virage rétro progressif de Heritage (2011) qui avait laissé une partie de ses fans perplexes mais attiré vers lui toute une frange d’amateurs modérés. Si cette première catégorie continue d’espérer un retour vers des terres plus aventureuses à chaque album, elle a vite déchanté en voyant le magnifique tee-shirt de Museo Rosenbach porté fièrement par Mikael Åkerfeldt sur les vidéos promotionnelles du groupe. Le message est clair : en avant prog!

La formule reste inchangée pour cette sortie, Åkerfeldt est toujours seul à la barre, secondé par le même équipage; c’est donc parti pour un voyage temporel à base d’ambiances vintage. Malheureusement, avec l’inspiration en berne, le bateau Opeth a du mal à naviguer. Des riffs paresseux de « Sorceress » ou « The Wilde Flowers » aux ennuyeux et répétitifs « The Seventh Sojourn », « Will O The Wisp » et « Sorceress 2 », le groupe applique les recettes éculées de ses ancêtres sans se poser la question de la pertinence. Certains moments sont bons, peut-être même réjouissants mais ils semblent désincarnés comme si les Suédois avaient peine à exprimer leur personnalité (un comble!). Si, par le passé, Opeth a écrit des morceaux faits de pièces rapportées (au hasard « Ghost of Perdition »), le collage fonctionnait car il reposait sur le contraste. Sur Sorceress en revanche, son absence est frappante dans les compositions longues (« Strange Brew ») qui finissent forcément par manquer de cohérence. Toujours dans les poncifs du genre, Opeth a eu le malheur de s'inspirer d’un des pires aspect du progressif : son côté purement démonstratif; l’occasion pour Fredrik Åkesson d’exhiber sa technique, d’ailleurs accompagné d’interventions aux claviers tout aussi vaines (comme le duel de solos sur « Chrysalis »). La production reste toutefois plutôt bonne malgré un parti pris concernant la batterie relativement étonnant (pourquoi la caisse claire sonne-t-elle comme si elle était remplie de mousse?).

Ce n’est guère mieux du côté des paroles, avec un « Sorceress » carrément misogyne, « You're a harlot, Carry poison in your kiss » (« Tu es une putain, il y a du poison dans tes baisers ») d’autant plus dérangeant qu’Åkerfeldt a déclaré avoir été influencé par son divorce. Il n’est pas inutile de rappeler que le terme de « sorcière » était utilisé il n’y a pas si longtemps comme justification pour exécuter des femmes dont le seul crime était celui d’exister.

Ce n’est finalement pas le fétichisme d’Åkerfeldt pour le rock progressif d’antan ou l’abandon du growl et du metal extrême, ni même le refus de la nouveauté qui posent problème au groupe : c’est qu’il n’a pas encore réussi à faire fonctionner une formule qui peut pourtant être efficace (il n’y a qu'à voir ce que fait Haken des références au passé sur Affinity). Lors de leur derniers concerts à Paris, Opeth n’a d’ailleurs joué que deux morceaux de Sorceress, un choix qui traduit probablement un aveu de faiblesse et conduira, espérons-le, à une prise de conscience du groupe. Tout comme Dream Theater, les anciens pionniers du metal progressif se sont enfermés dans une routine qu’il va maintenant falloir briser pour retrouver la fraîcheur et l’inspiration.

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