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19 Décembre 2016

Crippled Black Phoenix

Bronze

par Florent Canepa

Comme le bronze est la médaille de la troisième place du podium, voyons de plus près si Crippled Black Phoenix ne transforme finalement pas tout ce qu’il touche en or... Super-combo, véhicule interstellaire, sextet post-rock, le groupe offre un nouveau visage, de nouveaux membres depuis 2015 et aujourd’hui un sixième album au visuel élégant, sous l’œil protecteur et inspiré de son créateur Justin Greaves. Si le générique d’introduction nous offre un clin d’oeil appuyé et nostalgique très eighties, comme certaines nouvelles mouvances musicales (Kavinsky) ou télévisuelles (Stranger Things), le reste du menu est finalement tout autre et trouve son ancrage une décennie plus tôt...

Organique et construit sur des martèlements tribaux, des riffs Iommi-esque et même quelques soli, cet âge de Bronze arpente des terres fréquentées par le hard-rock, au sens fondamental du genre. « Deviant Burials » sonde les recoins rugissants de Deep Purple, « Rotten Memories » traîne sa carcasse en mode blues FM. «  Champions of disturbance » commence comme « Astronomy domine » des Floyd, puis étale son discours sur neuf minutes d’une chevauchée hypnotisante très Sabbath. Alors bien sûr, certains corridors froids sont un peu longuets (le bien nommé « Goodbye then », le final goth-rock). S’il fallait retenir un titre emblématique, ce serait « Turn to stone » qui offre l’étendue du terrain de jeu : heavy-metal, space-rock comme Hawkwind puis progressif flamboyant, il crée une dynamique totale en forme d’hommage impeccable.

Le tout fracasse avec envie ou temporise avec délicatesse, soutenu par la voix neurasthénique mais pleine d’impact de Daniel Änghede, en pleine résurgence grunge, ou celle de la chanteuse Belinda Kordi, le temps d’un hymne drapeautique (« Scared and alone »). Le Phoenix qui renaît continuellement est aussi une machine à stopper le temps. Cet album aurait pu sortir à peu près n’importe quand, comme si le groupe vivait sa propre faille temporelle. Comme s’il se fichait un peu de ce que vous pouviez penser. Il trace sa route poussiéreuse et besogneuse. Et s’affranchit de tout. Même estropié, le Phoenix demeure légendaire.

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