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16 Décembre 2016

Antoine Fafard

Sphere

par Jean-Philippe Haas

La fusion jazz « spatiale » - il faut bien trouver un nom à une branche peu fournie d'un genre par ailleurs pléthorique - est une très lointaine descendante de Return To Forever et autres Mahavishnu Orchestra, pétrie d'influences progressives. Cette modeste mouvance a bénéficié d'une relative exposition dans les années quatre-vingt dix et deux mille grâce à des groupes comme Planet X, Special Providence - qui en représente la version la plus énervée - ou encore Spaced Out, ce dernier s'étant dissolu après Evolution, un ultime album qui n'a que moyennement convaincu. Son bassiste Antoine Fafard tente depuis quatre disques en solo d'entretenir une flamme dont on ne sait pas vraiment si elle est encore à même de dispenser quelque chaleur. Aux côtés du guitariste Jerry De Villiers Jr et du batteur Gary Husband, Fafard remet donc le couvert avec Sphere pour essayer de nous convaincre du bien-fondé de sa persévérance. Le très canonique « Reminiscence » d'ouverture et le « Renaissance Man » qui le suit ne sont sans doute pas la meilleure manière d'y parvenir, flattant avec talent les convaincus sans pour autant faire un pas vers les plus sceptiques. Si on ne peut nier par exemple la beauté nostalgique de « Facta Non Verba » et les qualités progressives de « Still Invictus », il est difficile de trouver sur Sphere des prises de distance nettes par rapport à ses prédécesseurs : les sentiers sont battus et rebattus, bien qu'avec une certaine classe, il faut l'avouer. Le final « Bubonic Groove » regroupe tout ce qui fait le charme suranné de cette version du jazz fusion : le groove de la section rythmique, la rondeur de la production, la recherche de sons retro-futuristes, les mélodies déliées et aériennes à la guitare électrique. Toute cette bonne volonté fait plaisir à entendre même si le résultat confirme que le genre a vécu, malgré cet épilogue réellement honorable.

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