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16 Décembre 2016

Brieg Guerveno

Valgori

par CHFAB

Deux albums déjà que ce brittophone et son puissant trio (désormais quatuor) faisaient parler d'eux, séduisant bien au delà des amateurs de régionalisme et autres aimables cultivateurs de clichés "celtiques"...Bretagne, histoire plurimillénaire, terre de convictions, d'une modernité toujours enviée en termes d'accueil et d'éducation, à la pointe de bien des domaines, technologie et informatique en tête. On est très loin de la cornemuse et des dentelles au final... "Bretonne", s'intitulait l'album puissamment commercial d'une de nos vedettes de télé crochets, colportant encore et toujours cette image misérabiliste et discriminante de carte postale, ou comment, pour la demoiselle, scier la branche sur laquelle on est assise..."J'aime la musique bretonne"... ce à quoi Brieg répondrait volontiers "gast, kae da sutal"!... traduisez en gros: "une baffe dans ta tête de..." De cette Bretagne, il a choisi de conserver l'essence-même, sa langue, la propulsant au delà de toute frontière (la meilleure des idées), la donnant véritablement à entendre, du coup, et qui plus est au sein d'une musique résolument contemporaine.

Valgori est un cadeau à tous ceux qui veulent être de ce public sans cesse grandissant, prônant une esthétique métal, néo romantique, parfois doom, et chapeautée d'architecture prog.Tous ceux qu' Anathema envoie au ciel, usant tout aussi bien des voiles d'un Porcupine Tree que d'un Motorpsycho, agençant ruptures sauvages et émotion, seront de la fête. Ici toute trace des origines celtes (déjà rares jusque-là) a été soigneusement effacée, histoire d'enfoncer un clou déjà bien planté dans ses guitares. Elles y sont omniprésentes, d'autant doublées qu'un quatrième larron a rejoint le peloton. Une perspective très excitante, soit dit en passant, en ce qui concerne le répertoire scénique à venir. Deux guitares ! Oui, car un mur du son proprement décoiffant occupe l'espace, de la première à la dernière note... tout y sera prétexte; hymnes contagieux, larsens hypnotiques, coups de boutoirs terrassants, arpèges extatiques, mélopées folk... ceci annonçant pour certains les limites de l'exercice, saturant presque littéralement le paysage, comme une guerre résolue contre le silence... Rares sont les accalmies. Sans doute les amateurs de contrastes et de nuances resteront-ils un peu sur leur faim. De plus la musique de Brieg Guerveno ne présente pas une originalité outre mesure, usant d'intentions parfaitement sincères, souvent très inspirées, mais assez peu démarquées du genre finalement. Cependant originalité n'est pas forcément gage de qualité, loin s'en faut. Saluons donc son savoir-faire, et ce sens plutôt épatant de la construction, pour des morceaux dont chaque développement suscite l'attention. Là réside peut-être le vrai talent du gars...

Les musiciens font encore preuve de talent, servant toujours les compositions avec une ferveur et une efficacité sans faille. Le chant apparaît plus juste, plus plein, en un mot plus mûr, refusant toujours toute facilité d'affectation et autre maniérisme. Rappelons qu'il y a déjà une voix, un style, et une langue. Le travail mélodique est exemplaire, alterné avec de très nombreuses séquences de puissance et de tension, plus qu'auparavant, toute furie dehors. La mise en son a encore gagné en ampleur, force et majesté, laissant l'auditeur abasourdi longtemps après écoute. Un mot enfin pour la pochette absolument splendide, stoner à souhait.

Valgori monte à nouveau d'un cran et saura convaincre très largement un public déjà solide et qui ne demande que ça, pour cet album confirmant l'énorme potentiel entrevu jusque là. On espèrera encore davantage de fantaisie, de nuances, et de passages instrumentaux pour le quatrième opus, sans quoi l'impression de recette risquera peut-être de se faire sentir. Jusqu'ici bravo. Belle ascension.

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