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28 Novembre 2016

E.S.T. Symphony

E.S.T. Symphony

par Jean-Philippe Haas

Le portage d'une œuvre de musique populaire – pop, rock, jazz ou autre - vers un orchestre classique est un exercice aussi délicat qu'il est devenu fréquent. Des groupes s'en sont fait une spécialité, comme Apocalyptica ou The String Quartet Tribute, avec des réussites artistiques diversement appréciables. Les artistes ont parfois eux-mêmes transposé leur musique, avec plus ou moins de bonheur également. On jettera par exemple un voile pudique sur le Symphonicities de Sting alors que S&M de Metallica est plutôt à ranger au rayon des bonnes surprises. Du côté du jazz, où le recours à différents orchestres est monnaie courante, cette pratique est peut-être moins pertinente et probablement plus périlleuse. Avant sa mort tragique, Esbjörn Svensson avait commencé à travailler à l'adaptation du répertoire d'E.S.T. Ce sont ses anciens partenaires, Magnus Öström et Dan Berglund, qui concrétisent aujourd'hui le projet de feu leur meneur, avec l'aide de quelques autres musiciens de la scène scandinave et du Royal Stockholm Philharmonic Orchestra, dirigé par Hans Ek. Ce dernier s'est chargé d'arranger des titres emblématiques du groupe suédois.

Avec une ouverture grandiloquente à souhait comme « e.s.t. Prelude. », on s'attend forcément à un disque emphatique, voire cinématographique, où la composante jazz se fait très discrète. Soit une vision assez éloignée de celle qu'avait Svensson, telle qu'il la définit sur le seul titre qu'il a pu arranger de son vivant, à savoir « Doge The Dodo  ». Heureusement, « From Gagarin's Point Of View », tiré de l'album éponyme qui offrit à E.S.T. la reconnaissance dans toute l'Europe, rectifie cette première impression et offre une belle alternance d'élans purement orchestraux et de passages délicatement jazz tandis que «  When God Created The Coffee Break  » joue encore davantage sur l'entrelacement des genres plutôt que sur leur juxtaposition. Dans l'ensemble, E.S.T. Symphony déploie une adroite succession de moments très symphoniques, d'autres plus typés big band, d'accalmies où l'orchestre s'efface pour laisser les racines jazz reprendre le dessus et d'unissons où toutes ces influences se fondent. L'une des plus belles réussites est sans doute « Wonderland Suite », épique mosaïque musicale dont la structure narrative en montagnes russes est un vrai bonheur pour qui aime les sensations fortes.

Il est difficile de dire si Esbjörn Svensson aurait cautionné cette vision de son œuvre, mais il faut bien admettre que le résultat est à la hauteur des espérances. Passionnant de bout en bout, E.S.T. Symphony respecte l'essence et l'audace des compositions tout en se permettant de leur donner parfois une dimension spectaculaire. De quoi fédérer bien au-delà des habituelles chapelles musicales.

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