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19 Octobre 2016

Van Der Graaf Generator

Do Not Disturb

par CHFAB

Treizième album de ce groupe phare, inscrit depuis longtemps sur les Tables de la Loi du rock progressif britannique, âge d'or oblige... Formation emmenée par l'incroyablement prolifique et néanmoins toujours sous estimé Peter Hammill (du moins du point de vue médiatique), Van Der Graaf Generator affiche une histoire d'une densité peu commune. Comment présenter le récit des rebondissements multiples de ce groupe, ses renaissances successives, toujours aventureuses, si souvent pertinentes, sans avoir le sentiment de passer à côté de l’essentiel ? Espérons qu'un ouvrage francophone pourra un jour réparer nos lacunes, tout en étant conscient que les anglophones intéressés au mouvement progressif en sauront déjà un rayon sur la question. Les moins familiers aujourd'hui auront la chance d'explorer cette galaxie, unique à bien des égards, à commencer par sa longévité.

VDGG, rendu à la vie depuis 2005 (mais sans le saxo de Jackson depuis, hélas !) semble recommencer à chaque fois, à la manière d’un presque débutant, de par sa modestie intrinsèque, mais aussi de par son indéboulonnable inventivité face aux contraintes. Rappelons que c'est l'un des rares groupes de rock à ne pas compter de guitare dans ses rangs, la plupart du temps. Et lorsqu'elle est présente, c'est constamment dans un rôle rythmique, pour ne pas dire en retrait. Ici pourtant, elle occupe une part davantage prépondérante (« (Oh No I Must Have Said) Yes », joué sans claviers !) par rapport à son récent passé. Du coup on pourra remarquer que le travail d'organiste de Hugh Banton est un peu moins prégnant dans ce Do Not Disturb, dont le parti pris de jeu apparaît comme plus dépouillé, moins éclatant qu'à l'accoutumée. On gage que les versions scéniques de cet opus rendront justice au nouveau répertoire, tant Banton, organiste émérite, a su faire preuve de magnificence au cours des quelques dernières tournées du groupe..

Le disque débute tranquillement, évoquant particulièrement les travaux d'Hammill dans les années quatre-vingt dix, avec la simplicité limpide et sincère qui caractérise si bien la majeure partie de sa carrière. Puis peu à peu, les compositions se complexifient, alternant chants directs et riffs de guitare abrasifs, ambiances interlopes, noirceur ou enluminures de clavier, jusqu'à l'accélération des trois derniers morceaux, sommets incontestables du disque, laissant l'auditeur, une fois achevé un « Go » totalement planant, sur une impression des plus positives. Pari tenu ? On notera également une présence plus assumée du jazz (notamment sur les sixième et septième morceaux), de par les rythmiques et accompagnements au clavier. « Almost The Words » figure parmi les pièces les plus intéressantes, soufflant le calme et la rugosité quasi punk de la période Van Der Graaf (formation plus à l'os qui sous-tend la quasi totalité de l’album), pour terminer en une jam diabolique ! .

Depuis son retour en 2005, VDGG est bien debout, avec l'honnêteté des premiers jours, à se réinventer, se redéployer, et faire fi des accidents, physiques (crise cardiaque d'Hammill) comme contingents (départ de David Jackson), et si l'intensité et la folie des vertes années studio se font un peu désirer, l'âme, elle, est bel et bien présente. Les voir sur scène demeure une expérience stupéfiante, renouant avec la puissance et les débordements qu'on connaît à ce désormais trio. Courez-y, et surtout réjouissez-vous qu'à l'instar d'un King Crimson décidément indépassable, ce soit peut-être le dernier dinosaure à proposer encore un répertoire nouveau et d'encore belle facture. Le chant du cygne des autres anciennes gloires n'en paraît que plus poussif, voire gênant, pour ne pas dire honteux... Eh bien, qu'elles se le disent : Van Der Graaf Generator est un groupe qui compte encore aujourd'hui, en 2016 !

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